lundi, 22 juin 2009

Un premier roman de François Cahen

1918 Forteresses

 

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La guerre est un formidable matériau romanesque. Le pire et le meilleur de l’homme s’y côtoient : le sadisme et la bravoure, la veulerie et le sens de l’honneur, l’attrait pour la mort et l’attachement à la vie. Ces contradictions sont au cœur du roman de François Cahen, jeune historien de 26 ans et qui signe là son premier roman. Autant dire que François Cahen apparaît « décalé » par rapport à sa génération : aux petites histoires intimistes franco-françaises, il préfère le souffle de l’épopée virile, l’odeur de la poudre et des charniers, la chiennerie de la guerre qui change les uniformes rutilants en manteaux de boue.
L’action de Forteresses se déroule dans les Balkans, dans les derniers jours de la Première Guerre mondiale et dans les semaines qui ont suivi l’armistice, moment crucial pour l’Europe qui voit la dislocation des empires russes, prussiens et austro-hongrois. On pense à Capitaine Conan de Roger Vercel, mais aussi au Mors aux dents de Vladimir Pozner – deux livres qui, à la façon de François Cahen, auront montré combien l’Europe aura été autre chose que cette zone de libre échange sagement gardée par de gentils fonctionnaires bruxellois.
Dans Forteresses, on suit l’errance picaresque de Herbert von Alugilac, colonel austro-hongrois à qui est confié la mission suivante : rendre à un bolchevique une fille qu’il a eue avec une paysanne serbe, morte dans les bras de l’officier. Mais le bolchevique ne se laisse pas approcher comme ça : les tenants de l’ordre ancien veulent lui faire la peau et lui-même ne tient pas vraiment à assumer ses responsabilités de père. On l’aura compris : ce roman n’est pas seulement historique, il se veut aussi symbolique. En plaçant son action dans les Balkans, c’est aussi de notre Europe dont veut nous entretenir François Cahen : cette enfant serbe est la nôtre, fille des Empires blancs et rouges. Ajoutons à cela qu’il s’agit d’un formidable roman d’aventures qui ravira tous ceux qui aiment découvrir l’Histoire à travers des destins inouïs et pourtant vraisemblables. A travers ce livre, François Cahen aura réussi à combiner avec talent sa passion de l’Histoire et de l’écriture. Une nouvelle parution s’impose. On l’attend avec impatience.

_________________________________________ Pascal Hérault
(Retrouvez l'auteur de cette chronique sur son blog)



Forteress

 

vendredi, 06 mars 2009

Un essai de Bruno Bérard

 

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Bruno Bérard
Initiation à la métaphysique - Les trois songes
préface de Michel Cazenave
L'Harmattan, 2009, 146 pages, 14,50 €


Voici enfin une version, accessible à tous, de la métaphysique la plus authentique. Pour y parvenir, Bruno Bérard prend prétexte de trois songes et en propose une interprétation métaphysique, soigneusement distinguée des interprétations scientifiques, symboliques ou ésotériques. Cette première partie de l'ouvrage, simple et directe, permet au lecteur d'entrer de plain pied, et sur des exemples concrets, dans l'intelligence de la métaphysique. D'autant plus que, dès le départ, un lexique clair des mots-clefs est mis à la disposition du lecteur.

Comme la métaphysique est partie prenante de toute religion, l'auteur présente alors cette même interprétation dans un langage tout d'abord spécifiquement chrétien, puis dans des langages d'autres traditions : bouddhique, hindoue, islamique, judaïque et taoïste, lesquelles semblent présenter de très fortes analogies avec la première. De ce panorama, qui prend une consistance singulière à travers l'ensemble de ces traditions religieuses, se dégage une séquence universelle « d'accès au divin » que l'auteur baptise « la guérison en deux temps ».

Fort de cette compréhension concrète d'une métaphysique universelle, Bruno Bérard va alors inviter le lecteur à une définition en trois temps de la métaphysique, en tentant de répondre à cette question de Heidegger : « Qu'est-ce que la métaphysique ? », posée quelque 2500 ans après celle d'Aristote : « Qu'est-ce que l'être ? ». Le premier temps consistera à définir ce que la métaphysique n'est pas, en la comparant systématiquement à la physique, au langage, à la logique et à la psychologie, au symbole, aux ésotérismes, à la théologie et à la gnose. Le second montrera sa possibilité actuelle en démontrant les contradictions des réductions rationalistes des trois derniers siècles (kantisme, marxisme, freudisme, structuralisme). Enfin, le troisième temps sera une présentation de ce qui semble à l'auteur constituer deux des enseignements essentiels de la métaphysique : son « ouverture du concept » qui l'oppose aux savoirs par abstraction quantitative (sciences) ou par construction idéelle (systèmes philosophiques) ; et, une fois libérée de la pensée conceptuelle fermée, sa perspective de l'Au-delà de l'être - qui n'est autre que son intuition intellectuelle initiale -, laquelle délivre alors de tout enfermement conceptuel ou langagier, quel qu'il soit.

Pour se permettre de présenter un tel programme, l'auteur s'appuie sur l'œuvre de Jean Borella - dont il a publié précédemment un résumé éclairant [1]  -, ainsi que sur les nombreux auteurs traditionnels ou contemporains qu'il étudie depuis vingt ans, tels, pour les plus cités dans cet essai, Aristote, S. Denys l'Aréopagite, S. Grégoire le Sinaïte, S. Thomas d'Aquin, Maître Eckhart, Angelus Silesius, Simone Weil, Léo Schaya, l'abbé Henri Stéphane, François Chenique, etc.

Dans sa préface à l'ouvrage, Michel Cazenave rappelle la nécessité de toujours « penser plus loin », et, notamment, au-delà de lectures partielles, si ce n'est partiales, d'Héraclite, de Nietzsche, de Jung, notant que « dans la profonde inculture d'une époque où tout se décline - y compris la prétendue philosophie - sur un mode horizontal, [l'auteur] ne craint pas, quant à lui, de restaurer la notion de verticalité où se marque la plus absolue transcendance ». « Faisant fi de toutes les modes, mais prenant au sérieux le mot penser, avec tous les risques, toutes les difficultés, tous les vertiges qu'il implique, il repense la métaphysique dans son sens le plus extrême, là où, en suivant Plotin mais aussi Proclus, Scot Érigène ou Tauler, on s'aperçoit que métaphysique et théologie de l'apophat ont plus que partie liée : ce sont les deux versants d'une même montagne ».

 

[1] Jean Borella, la Révolution métaphysique, après Galilée, Kant, Marx, Freud, Derrida, L’Harmattan, 2006, 372 pages, préface du père Michel Dupuy, apostille de Jean Borella.

samedi, 25 octobre 2008

Un roman de Loïc Lorent

 

LE SOURIRE D'ACHILLE

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     J’ai reçu, il y a quelques jours, un roman de Loïc Lorent, Le sourire d'Achille, édité aux Éditions Jean Paul Bayol. Un service de presse qui m’était adressé, pensez donc, de nos jours, et sans rien avoir demandé ! L’événement était si improbable que j’en fus tout retourné avant même d’avoir ouvert le livre ; mais le vrai miracle était à venir …

     Il y a longtemps que je n’avais lu avec une telle jubilation ; c’est devenu si rare, un roman dans lequel on entre dès la première phrase et d’où l’on ne ressort qu’au dernier mot ! C’est donc un vrai roman, avec une histoire racontée dans un style étonnant et qu’il serait stupide de vouloir paraphraser.

     Le sourire d’Achille se compose de deux récits enchâssés. Le prénom du narrateur, Luc, est un anacycle, c’est-à-dire que, lu de droite à gauche, il donne un autre mot. Ici, ce mot que l’on découvre est emblématique de notre monde consumériste, de cette jouissance libérale que notre héros va renier. Luc s’évertue, en effet, à gagner sa vie dans une agence qui loue aux femmes indépendantes les charmes de luxueux  gigolos. À ce premier récit, contemporain de l’écriture, vient s’entrelacer un second, épisode de l’adolescence du narrateur exilé à Rome. 

     Roman d’anticipation ? Le narrateur évolue dans une contemporanéité indéfinie, un amalgame du Meilleur des mondes d’Huxley et de 1984 d’Orwel. Mais qu’y a-t-il à anticiper quand toute mémoire a disparu ? Il reste l’ironie, la distanciation, cette prise de recul qui permet de ne pas succomber tout à fait à l’aliénation de la société huxleyenne. Or, cette attitude critique est faussement libératrice, n’est-elle pas une autre façon plus subtile de refuser le combat ? Dans le monde de la démocratie totalitaire, l’aliénation citoyenne est la suprême liberté de la servitude volontaire : être lucide de cette situation, la vivre en distanciant, n’est qu’une méthode de survie ; si l’on n’en sort pas, le cynisme aboutit au nihilisme. On décèle un grand talent de romancier dans cette vision lucide et cinglante de la comédie humaine. Par moment, le roman devient pamphlet. Certains portraits ont l’acuité des grands classiques.

     Y aurait-il dans ce roman une onomastique cachée ? À la fin, Luc retrouve Paul, autre rebelle, dans un même choix du combat radical. Or, dans Colossiens 4 :14, Paul rencontre à Troas (l’ancienne Troie où s’illustra Achille), un certain Loukas, c’est-à-dire Luc, l’auteur du Troisième Évangile et des Actes des Apôtres, qui deviendra son compagnon et le suivra jusqu’à sa détention à Rome. Luc aurait peint les premières icônes de la Vierge, le narrateur du Sourire d'Achille est lui aussi en quête de cette lumière intérieure de la femme qui peut seule sauver le monde.

      Il y a une nouvelle de Marguerite Yourcenar qui se termine ainsi : « Il a manqué à l’Iliade un sourire d’Achille. » Je ne sais si le titre du roman de Loïc Lorent renvoie à cette phrase mais il est vrai que l’Iliade ne nous montre que la colère d’Achille durant  la guerre de Troie. Pour le narrateur, le sourire est une arme de séduction et son identification à Achille se produit en quelque sorte « à rebours » puisqu’il passe du sourire à la colère. À l'image d'Achille son comportement nous confond. Devant Troie, alors que l’espoir des Grecs repose sur lui, Achille refuse de combattre. Pourtant, Homère  nous rapporte une prophétie selon laquelle seul Achille permettra aux Grecs d’être victorieux car le vieux Phénix lui a enseigné l’art de la guerre. La guerre est sainte quand il s’agit de perdre ou de sauver son âme. Le sourire d’Achille est donc un appel à la tempête : quand la médiocrité orgueilleuse étouffe toute intelligence qui ne se prosterne pas devant le mensonge, quand la moralité confite de la servitude impose sa loi, que la bassesse règne victorieuse, alors la guerre est l’ultime recours.

 Alain Santacreu



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Loïc Lorent
Le sourire d'Achille
Éditions Jean Paul Bayol
2008, 182 pages









 

mercredi, 18 juin 2008

Contrelittérature n° 21 : ouvertures d' articles (3)

 
ART CACHÉ ET DÉCROISSANCE

par Alain Santacreu


« L’Église semble être le dernier obstacle
auquel puisse se heurter la volonté de puissance. »

(Bernard Charbonneau, L’État)
 

     Deux types de critiques apparaissent aujourd’hui comme les dernières formes de contestation de la mégamachine sociale (1) : la décroissance économique de l’écologie radicale et la dissidence créatrice de l’art caché.
     L’écologie invente une très vieille chose : la terre ; car, inventer, c’est découvrir et l’on ne découvre jamais que ce qui existe déjà. Mais à partir de quel homme s’invente la terre ? La réponse est dans saint Paul : « le premier homme, issu du sol, est terrestre ; le second vient du ciel » (2). Alors, de quel homme la conscience écologique ? De l’homme de l’évolution qui aboutit au vieil homme ou de l’homme de la création qui débute avec l’homme nouveau ? Pour que l’homme invente la terre, il lui faut franchir le passage de l’homme de l’évolution à l’homme de la création.
[...] 
 
(1) l’État est la mégamachine (Cf. Serge Latouche, La mégamachine, La Découverte/M.A.U.S.S, 2006. ) qui impose l’extension de la logique technicienne à la totalité de la vie sociale. Si la machine peut être considérée comme une organisation concrète, l’organisation politique, l’État, doit l’être comme une machine abstraite.
(2 ) 1 Co 15, 47.
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lundi, 16 juin 2008

Contrelittérature n° 21 : ouvertures d' articles (2)

 
 
LA PENSÉE PRIMORDIALE ET LA NATURE
 
par Georges Brunon

 

La pensée que gère l’ordinateur ne peut rencontrer l’essence de la nature. Jamais concepts et enchaînements logiques ne l’atteindront, pas plus que la spontanéité gratuite. Reste l’Art, venu d’une autre pensée : la pensée primordiale qui, dans la conscience silencieuse, précède le mot. 
 
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Toute pensée discursive suspendue, l’arbre contemplé perd son nom, l’homme son moi. Fusion éclairante ! Pur vécu. Alors, comme de deux silex jaillit le feu, la pensée primordiale naît de cette rencontre authentique avec la terre. Elle est la source de l’œuvre  d’art.

La pureté en art n’est pas dans le style épuré et froid ou dans le théorème du mathématicien mais dans cette pensée primordiale. Elle est pure parce qu’elle naît avant nos idées, avant le mot. Elle est préverbale.  Elle surgit avec le regard. C’est le regard et non l’idée qui est à la source du  tableau. C’est là que naît la pensée primordiale : pur vécu créateur.

[...]

vendredi, 13 juin 2008

Contrelittérature n° 21 : Ouvertures d' articles (I)

 
En l'honneur du peuple d'Irlande,
nous commençons par le
texte de Gwen Garnier-Duguy
 
 
 
 
PERMANENZA !


par Gwen Garnier-Duguy



« La notion fondamentale que j'oppose au progrès,
 ce n'est pas la décroissance, c'est la permanence »
                                 
  Roberto Mangú



     Horreurs économiques. C'est un poète qui, le premier, eut la vision de la dimension horrifique contenue dans la force en puissance de l'économie. Depuis la fin du dix-neuvième siècle, au cœur duquel Rimbaud reçut ses Illuminations, cette force en puissance est devenue une force en acte, s'incarnant chaque jour davantage à mesure qu'elle désincarne la personne. Preuve de la justesse inouïe de la prophétie rimbaldienne, la métamorphose, en seulement cinquante ans, de la tête de notre cinquième République. Le Président de la nation française est maintenant le PDG de l'entreprise France  ainsi devenue label. Tout nous dit que la fonction présidentielle est aujourd'hui celle d'un super représentant de commerce.
     Ainsi, le récit qui nous est proposé – imposé ? – par le biais de l'office cathodique des informations nationales, quand bien même nous ne regardons pas les journaux télévisés ( la religion cathodique est la première à avoir réussi à former, par son inéluctable puissance de contamination de la société dans laquelle baignent tous les individus, une communauté totale de pratiquants même si ceux-ci ne veulent ni croire ni pratiquer), demande à notre esprit de suivre les aventures du héros de la nation, à l'héroïsme d'un genre nouveau puisque tissé de discours martelés sur un ton pulsionnel, chargés de peser sur la fibre naturelle que réclame en chacun de nous le besoin vital d'admirer et de se projeter dans plus grand que nous-même. Napoléon, couronné en présence du Pape, avait su emmener dans sa campagne d'Egypte des scientifiques, des linguistes, une troupe d'intelligences françaises. Notre représentant de commerce national charrie des essaims de grands patrons agitant des espérances contractuelles en mal de signatures. Sous ces auspices capitalistes, nul Champollion ne saura déchiffrer aucun hiéroglyphe, ni éclairer aucune part  merveilleuse de civilisation. Le récit présidentiel, inféodé aux nécessités économiques, dévore, tel Chronos, les fils et filles de la nation. Il dévore l'intelligence. Dans d'autres temps, le sarkophage aurait dévoré Champollion lui-même.
     Le récit français contemporain, cristallisé en la figure symbolique de Nicolas Sarkozy, est donc le récit de l'idéologie publicitaire utilisant des techniques narratives hier encore la propriété des conteurs et des maîtres du verbe dont la vocation était de fédérer la conscience d'une nation, à travers l'emploi virtuose de sa langue, dans des récits qui formaient un firmament de rêves et d'étoilements symboliques. L'hyperactivité de Sarkozy s'apparente aux ressorts dramatiques des grands feuilletonistes du XIXème siècle. Chaque jour un nouveau rebondissement, une nouvelle aventure, impliquant la conscience du lecteur-spectateur dans une réalité du coup fictionnelle, coupant l'individu de sa dimension d'homme. Le roman d'aujourd'hui, en France, est écrit par Nicolas Sarkozy. Le déplacement opéré est d'autant plus vertigineux qu'il est à peu prêt invisible dans sa visibilité omniprésente. On le commente comme une œuvre littéraire. Lui, il poursuit implacablement son écriture romanesque, relayé en cela par un système médiatique qui ne peut pas ne pas le raconter, vu qu'il incarne sa propre image. Filmant et relayant les actions du héros Sarkozy, ce sont ses propres actes et son propre visage que filme et relaye le système hypermédiatique. La caméra est la main grâce à laquelle Sarkozy écrit le roman contemporain. Cette littérature là est la littérature de notre temps. Elle est littérature de l'im-média, chargée d'impliquer l'esprit de tous les individus dans le creuset de l'économie de croissance, la finalité de toute image médiatique étant le déclenchement de la pulsion d'achat. C'est l'ancien président de TF1 qui nous le dit, en déclarant : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. » Comment croire une seconde que ce qui prévaut comme principe de réalité, ici, en l'occurrence, vendre du Coca-Cola, et qui nécessite donc une manipulation de nos cerveaux par une planification de programmes divertissants, ne prévaut pas, à l'identique, pour la vente d'un programme politique ne nuisant pas aux intérêts des médias et des industriels ? Cette parole révélée prouve que ce qui gouverne l'action médiatique n'a pas à demeurer caché, à se vêtir d'un masque de pseudo-culture. Non, la transparence a atteint ce degré d'expression car elle est entrée dans notre structure mentale. Nous ne nous soulevons pas contre cet aveu du lavage de nos cerveaux car nos cerveaux sont déjà lavés. Ils ont intégré en leur structure même la logique médiatique, qui est logique publicitaire. Mieux, notre cerveau la réclame. L'image qui véhicule l'idéologie publicitaire apparaît à l'heure du confort et de la tranquillité. En tant qu'elle est associée à notre espace quotidien de repos et de confort, elle nous cloue à ce repos et à ce seul espace de tranquillité quotidienne qui reste aux masses individuelles. Si nous avions encore des doutes quant à cette planification, il n'est qu'à lire les recherches de Jean-Claude Michéa sur le sujet : « En septembre 1995, – sous l'égide de la fondation Gorbatchev – " cinq cents hommes politiques, leaders économiques et scientifiques de premier plan ", constituant à leurs propres yeux l'élite du monde, durent se réunir à l'Hôtel Fairmont de San Francisco pour confronter leurs vues sur le destin de la nouvelle civilisation. [...] l'assemblée commença par reconnaître – comme une évidence qui ne mérite pas d'être discutée – que " dans le siècle à venir, deux-dixièmes de la population active suffiraient à maintenir l'activité de l'économie mondiale". Sur des bases aussi franches, le principal problème politique que le système capitaliste allait devoir affronter au cours des prochaines décennies put donc être formulé dans toute sa rigueur : comment serait-il possible, pour l'élite mondiale, de maintenir la gouvernabilité des quatre-vingt pour cent d' humanité surnuméraire »(1). La réponse à cet inquiétant problème fut apportée illico : il allait falloir contenir ces 80 % d'humanité surnuméraire en leur racontant des histoires. Pour le dire autrement, il apparut comme une évidence que ce qui contiendrait la souffrance, la misère (matérielle et mentale), le sentiment d'injustice du monde serait la prolifération des écrans et la ritualisation de grands rendez-vous narratifs tels la Coupe du Monde de football, le Tour de France, les émissions de télé-réalité, etc… C'est en ce sens que Nicolas Sarkozy, pour la psyché française, représente la narration littéraire en flux tendu des temps modernes.
[...] 
 
(1) Jean-Claude Michéa, L'Enseignement de l'ignorance, Climats, 2006, pp. 42-43. 
 
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vendredi, 06 juin 2008

Contrelittérature N° 21

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52 pages, 8 € 
 
 
SOMMAIRE


[C]OUVERTURE
 
La pensée primordiale et la nature
par Georges Brunon


TALVERA
 
Art caché et Décroissance
par Alain Santacreu


ART CACHÉ

Art caché, art résistant ?
par Jean-Jacques Raible

Au cœur de la dernière utopie
par Aude de Kerros

Art et civilisation
par Kostas Mavrakis

Impératif de roman
par David Gattegno

Le théâtre du septième jour
par Alain Santacreu

Transfiguration du cinématographe
par Daniel Facérias

Refusez de participer à l’œuvre de l’homme !
par Maximilien Friche


DÉCROISSANCE

Chrétiens, encore un effort pour être écologiques !
par Falk van Gaver

Réconcilier la terre et le travail des hommes 
par Fabien Haug

La question environnementale et les chrétiens 
par Philippe Conte

Permanenza !
par Gwen Garnier-Duguy

Écologie de la nature blessée
par Jean-Louis Bolte

Et in Arcadia ego
par Jean-Jacques Raible


TRAVERSES


L’Île et l’Icône
par Thierry Jolif

Conan, un barbare civilisé
par Matthieu Baumier

Georges Sorel, Les illusions du progrès
par Michel Lhomme

Theatrum naturae
par Alain Santacreu


  En vente dans nos librairies dépositaires

lundi, 12 mai 2008

"Péguy de combat" de Rémi Soulié

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Les provinciales / Cerf, 2007, 111 pages, 12 € 
 
 
     On a tendance à privilégier l’aspect poétique de l’œuvre de Péguy au détriment de sa dimension combative. Péguy fut pleinement un « contemplacteur », néologisme qui nous vient naturellement à l’esprit pour désigner la singularité de son génie ad intra et ad extra.   
    Paru récemment aux éditions les provinciales, admirablement dirigées par Olivier Véron, le dernier livre de Rémi Soulié retrouve cette vérité de Charles Péguy. L’ouvrage se présente comme une simple paraphrase ininterrompue d’écrits péguiens, une série incessante de citations liées entre elles par de courtes phrases de transition. Cette forme retrouve superbement cette relation si essentielle du « lisant et du lu » dont Péguy a parlé dans Clio : « la lecture est l’acte commun, l’opération commune du lisant et du lu, de l’œuvre et du lecteur, de l’auteur et du lecteur ».
     C’est à cette opération de lecture que nous convie Rémi Soulié ; son livre tente de saisir Péguy dans l’unité de son être, tel qu’il se déploie dans sa vie et ses œuvres, à partir d’une perspective qui nous permet d’embrasser du regard cette unité. À travers le dialogue qu’il instaure, Rémy Soulié nous dévoile l’axe qui structure la pensée de Péguy, ce foisonnement interne et singulier qui chemine au gré des associations d’idées, des images et des thèmes. C’est axe, c’est la Croix en son royaume de France. Hélas, cette seule race élue des temps modernes, la française, s’est oubliée, s’est dissolue. Il lui faut retourner à la source de son âme, opérer un retour sur elle-même : un mouvement analogue de la techouva juive. Mais il n’y a pas de retour sans la Grâce.
     Sur la question juive, il ne serait pas honnête de vouloir séparer Péguy de Bernard Lazare. Les sympathies sionistes de Péguy s'orientèrent exclusivement vers l'humanisme juif de son ami. Pour Bernard Lazare, la Vérité et la Justice avaient un caractère absolu. S’il fonda, en 1899, le premier périodique sioniste-socialiste, Le Flambeau, jamais il ne transigea avec les exigences politiques et les intérêts nationaux, ce qui l’amena à s’opposer au caractère bourgeois et étatique du mouvement sioniste : «  Je ne suis pas de ce gouvernement, écrivait-il à Herzl en 1899, il n’est pas celui que rêvaient jadis les prophètes ou les humbles gens qui écrivaient les psaumes. Mais si je me sépare de vous, je ne me sépare pas du peuple juif, de mon peuple de prolétaires et de gueux, et c’est à sa libération que je continuerai à travailler quoique par des voies qui ne sont pas les vôtres ». Et Bernard Lazare quitta le sionisme définitivement.
     En référence à ces propos, et contrairement à Rémi Soulié, pour lequel cela ne saurait être « décisif », la distinction établie par Péguy entre la bourgeoisie juive et prolétariat juif est, selon nous, fondamentale dans sa pensée. D’ailleurs Rémi Soulié le relève fort à propos « Péguy refuse en effet de confondre " l’esprit démocratique " avec " l’âme populaire " » ;
or, c’est la même distinction que celle entre la bourgeoisie démocrate et le prolétariat populaire.
     Enfin, il y aurait fort à dire sur la préface de Michaël Bar-Zvi. Nous lui reprocherons d’opérer, pour son propre compte, un détournement des idées de Péguy et d’imposer ainsi une lecture a priori du livre de Rémi Soulié. On pourra donc, au choix, passer outre – comme l’on fait avec les préfaces – ou la lire à la fin, ne serait-ce que pour en mesurer le contresens. En procédant de cette dernière manière, on s’apercevra combien le sionisme de Péguy était fort éloigné de celui de Jabotinsky – maître à penser de Bar-Zvi – et tellement plus proche de celui de Bernard Lazare,  ce que montre fort éloquemment la lecture mise en œuvre par Rémi Soulié.
 
Alain Santacreu
 

dimanche, 16 décembre 2007

Contrelittérature N° 20

Sortie le 19 décembre 2007
 
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SOMMAIRE
 
 
(C) OUVERTURE
 
Maurice Le Scouëzec ( 1881-1940) 
par Henry Le Bal


AVANT-DIRE
 
 L’exil contrelittéraire
par Alain Santacreu


DOSSIER : Exils…

Exil hystérique
par David Gattegno
L’exil magique
                    par Michel Lhomme                     
L’harmonie en exil ?
par Jacques Viret
Pérégrins de l’Esprit
par Thierry Jolif

TALVERA
 
L’enjeu de l’ésotérisme
par Alain Santacreu
Claire Ferchaud : l’appel du Cœur
par Marrika Devoucoux


TRAVERSES
 
Les disciples nocturnes
par Philippe Barthelet
Théorie de la Mère de Jouissance
par Jean-Louis Bolte
Tendresse du couple dans la chair
par Antoine Courban


CONTRE-BIBLIOTHÈQUE
 
Emilia Dvorianova / Rémi Soulié


CLASSIQUES DE LA CONTRELITTÉRATURE

 
Exaltez ces pieds étincelants !
par Paul Claudel

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

samedi, 09 juin 2007

Contrelittérature N° 19

SORTIE LE 15 JUIN 2007
 
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  44 pages, 6 €
 
 
 
SOMMAIRE 
 
 Avant-dire : Le Monologue de Novalis

Dossier : THÉÂTRE 
 
Novalis/Novarina 
par Alain Santacreu
La tragédie du Verbe
par Françoise Bonardel 
Roberto De Simone, le théâtre du Milieu
par David Gattegno
Le théâtre mythique de Malcolm de Chazal
par Marc-Serge Rivière 
  L’acteur, la parole et le lieu
(entretien avec Fabrice Hadjadj)
Le rideau déchiré
par Henry Le Bal


Poésie : PATRICE DE LA TOUR DU PIN
 
 La « théopoésie » dans Une lutte pour la vie
par Stéphanie Boisvert
La Quête de Joie, une poétique de l’absence
par Gwen Garnier-Duguy


Musique : PHILIP GLASS

Le chant de Mars 
par David Gattegno


Talvera :
LA CONTRELITTÉRATURE ENVERS ET CONTRE TOUT !
(Actes de la journée du 9 décembre 2006 )

Contrelittérature
par David Gattegno
La récapitulation de la littérature
par Alain Santacreu
Talvera ou le lieu du rapatriement
par Jérôme Rousse-Lacordaire, o.p



Contre-bibliothèque
 
François Marie Algoud - Philippe Barthelet -
David Gattegno
- Bernard Marchadier - Thierry Jolif - Francis Bergeron -
Cardinal Margéot & Mgr Le Gall 
 
 ___________________________
 
 EN VENTE
 
LA HUNE
170, Bd Saint-Germain, 75006 Paris
L'ÉCUME DES PAGES
174, Bd Saint-Germain, 75006 Paris
LE DIVAN
203 rue de la Convention, 75015 Paris
LIBRAIRIE COMPAGNIE
58, rue de Ecoles, 75005 Paris
FNAC DES HALLES
1-7 rue Pierre Lescot, 75001 Paris
L'ÂGE D'HOMME
5, rue Férou, 75006 Paris
L’UNIVERS DU LIVRE
Centre Art de vivre, 78630 Orgeval
SILOË JOUANAUD
19 rue de la Trinité, 31000 Toulouse
L’ÉTOILE DU MAGE
10 rue Cassis, 13003 Marseille
 

ABONNEMENT
 
Le numéro : 6 €
Abonnement : ( 4 numéros par an )
Normal : 20 €  Étranger : 30 €

 
Chez l’éditeur

Contrelittérature
L’Ancien Presbytère, 28170 Saint-Ange
 Courriel : contrelitterature@wanadoo.fr
 
Les chèques seront libellés à l’ordre de :
« Contrelittérature »
 

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