mercredi, 20 septembre 2006

La presse Littéraire N° 7

Nous reproduisons la recension de Giorgio Cavalcanti, parue dans le N°7 de La presse Littéraire, l'excellente revue de Joseph Vebret ( On pourra consulter le sommaire complet sur son site personnel ). Ce dernier numéro est remarquable avec, en particulier un texte, d'une noble tendresse, de Sarah Vajda sur "Pierre-Guillaume de Roux, Fils de Protée".

 

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 UN MANIFESTE POUR L’ESPRIT
 
par Giorgio Cavalcanti

 

“ Écrire et lire, c’est être livré à soi-même corps et âme.
 Mais soi-même n’est pas le lecteur, et il n’est pas l’auteur : il est leur conjonction.”

 (Alain Santacreu)



 

     Au contraire de la plupart des manifestes qui annoncent des oeuvres ( qui souvent ne viennent jamais ou paraissent quelque peu dérisoires au regard des ambitions proclamées ), La Contrelittérature, un manifeste pour l’esprit, édité récemment au Rocher, succède à un corpus d’écrits poétiques, métaphysiques ou romanesques publiés par les principaux collaborateurs de la revue éponyme dont le dix-huitième numéro vient de paraître.
     Que la “suite à donner” à ce Manifeste soit déjà, pour une part, réalisée ( notamment dans les écrits romanesques et philosophiques d’Alain Santacreu, les essais et les chroniques de Philippe Barthelet, l’oeuvre poétique et métaphysique de Luc-Olivier d’Algange,  les essais sur la héraldique de David Gattegno, les traités de musicologie de Jacques Viret, les études théologiques de Jérôme Rousse-Lacordaire ) démontre l’efficience et la pertinence de cette “ logique contraire ”, de ce contre-courant qui, au lieu d’aller au fil de l’eau, comme le chien mort qu’évoquait Léon Bloy, tente de remonter vers la source du Logos et d’une certaine conscience européenne de l’être.
     Joseph de Maistre préconisait “ non une révolution contraire mais le contraire de la révolution”, les auteurs de ce Manifeste pour l’esprit montrent que, loin d’être spécieuse, la distinction maistrienne est fondatrice. La Contrelittérature est déjà ce qu’elle veut devenir : non un nihilisme contraire mais le contraire du nihilisme, non une négation contraire mais le contraire d’un négation.     
     La profondeur du “contre” dans le mot “contrelittérature” serait ainsi, pour reprendre la formule de Luc-Olivier d’Algange, la profondeur de “ la crypte du Temple détruit ”. Contre les utopies modernistes de la table rase, ce Manifeste défend une certaine idée de la tradition, mais cette tradition n’est pas un attachement muséologique au passé, une réction au temps qu’il fait ou au temps qui passe ; moins encore une nostalgie ou une volonté restauratrice. Cette tradition n’est pas un désir de fuir le “ bel aujourd’hui ” mais bien de l’éployer, selon la logique musicale du tradere, autrement dit selon les éclats de la rivière enchantée qui file à travers les paysages du temps, entre les rochers, en éclairant l’envers des feuilles… Cette tradition est précisément ce qui passe à travers le temps, et non la perpétuation d’un état antérieur du temps. Ce qui passe, ce qui scintille, ce qui donne à l’aujourd’hui sa beauté, qui est de tous les temps et d’aucun : cette Sophia perennis qui est la seul “ contraire ” que l’on puisse opposer au fondamentalisme, en échappant à la tentation d’inventer un fondamentalisme contraire !    
     D’où la place importante que la revue Contrelittérature accorde à l’ “avant-garde” littéraire ou artistique, c’est-à-dire à la fine pointe des audaces traditionnelles, à travers les oeuvres d’Ezra Pound, d’Andréi Biély, de Malcolm de Chazal, d’Arvo Pärt ou de Dominique de Roux.
     S’opposer, mais selon la définition balzacienne ( “J’appartiens à ce parti d’opposition qui se nomme la vie” ) ou, plus exactement, résister à cette restriction de l’être qui procède du raccourcissement procustéen, retrouver donc, contre le nihilisme, contre le fondamentalisme, contre le ressentiment, le resplendissement de la présence de l’être, sa pure présence, son ensoleillement intérieur, son avers et son envers, sa surface et sa profondeur, sa lettre, comme “ tracé de lumière ” et sa vérité intérieure, ésotérique.  C’est par ce chemin périlleux, sur le fil du rasoir, que le dessein contrelittéraire semble dépasser l’opposition, aussi schématique qu’artificieuse, entre réactionnaires et progressistes, prenant le beau risque de déplaire aux uns comme aux autres, non sans nous offrir de nouveaux espaces pour éprouver nos audaces, nos libertés, nos fidélités, selon les exigences impondérables du Verbe : “ Pour les gens de l’Être, écrit Alain Santacreu, la Parole est la racine du monde, l’Alpha et l’Oméga des êtres et des choses. Ils croient en une dimension eschatologique du langage : ils sont le petit reste qui s’ouvre à l’oeuvre du Logos qui doit venir en consolateur, en défenseur en justicier. Les gens de l’Être sont les sujets du Verbe”.
 
Giorgio Cavalcanti

 

 

medium_medium_la_contrel.2.5.jpgDans toutes les librairies, FNAC et les principales librairies internautiques.

 
 
 
Alain Santacreu 
La Contrelittérature, un manifeste pour l’esprit
Le Rocher, 2005
234 pages, 19,90 € 
( avec un avant-dire de Philippe Barthelet et les contributions de Luc-Olivier d’Algange, Marikka Devoucoux, Daniel Facérias, David Gattegno, Christian Rangdreul, Jérôme Rousse-Lacordaire, Jacques Viret ).

     
 

vendredi, 19 mai 2006

Entretien avec " L'homme nouveau "

Le journal L'homme nouveau, dans son n° 1367 du 15/04/2006, a publié un entretien de Matthieu Baumier avec Alain Santacreu que nous reproduisons ci-dessous.
Fondé en 1946 par le Père Marcellin Fillère et l'Abbé André Richard, dirigé de 1962 à 1998 par
Marcel Clément, grande figure du catholicisme et, aujourd'hui, par Denis Sureau et son rédacteur en chef Philippe Maxence, le journal est un des principaux fers de lance de la presse libre et indépendante.
Dans le premier éditorial du 1/12/1946, le Père Fillère écrivait à propos de la nouvelle publication : "Son souci de la polémique ne devra pas être considéré comme un signe de sectarisme ou d'intégrisme rétrograde. Le catholicisme qu'il propose reste ouvert sur tout ce qui dans le monde a quelque valeur d'honnêteté ou d'utilité." Quiconque aura lu ne serait-ce qu'une fois
L'Homme nouveau sans a priori ne pourra que constater sa fidélité à ce beau et noble dessein.

 

 

 

 

 

 

 

 

Vous dirigez la revue Contrelittérature : depuis quand existe-t-elle ? De quoi s’agit-il ? La contrelittérature est-elle une littérature contraire ou le contraire de la littérature ?
 
Je vous remercie de reprendre, dans la formulation de votre question, cette distinction fondamentale que nous avons essayé de développer dans notre livre. En effet, paraphrasant l’explicit célèbre des Considérations sur la France de Joseph de Maistre, nous disons que la contrelittérature n’est pas une littérature contraire mais le contraire de la littérature. Qu’est-ce à dire ? On sait que le terme « littérature », au sens moderne, apparaît à la fin du XVIIIe siècle : la philologie nous ouvre ici les yeux !
La littérature a joué un rôle essentiel dans l’imposture herméneutique qui a permis l’idéologie moderne. Elle s’est substituée au christianisme en construisant les fondations profanes d’un « pouvoir spirituel laïque ». Pour comprendre comment s’est opéré ce renversement, il nous faut remonter à cette « crise du XIIIe siècle » qui marque le passage de la pensée du symbole à la pensée du signe et voit l’avènement du nominalisme comme « philosophie » romanesque. Le roman moderne est l’emblème spécifique de la civilisation bourgeoise du signe. Quant à la « littérature contraire », même si elle s’oppose aux valeurs de la modernité, elle reste empêtrée dans la pensée du signe et il y a en elle une fascination pour le Mal qui la rend luciférienne.
Depuis la création de notre revue, en 1999, et dans la continuité de son texte inaugural, le Manifeste contrelittéraire, notre mouvance s’est engagée dans un combat total contre ce que la littérature a fait de l’homme, c’est-à-dire un être plat, binaire, sans profondeur, ayant perdu la tridimension de sa vocation. Or, si nous voulons mourir au « Vieil homme », nous devons nous libérer de l’aliénation « littéraire » qui étouffe notre capacité de Dieu. « Il faut absolument tuer l’esprit du XVIIIe », a écrit Maistre : ce crime fondamental est l’acte contrelittéraire et c’est un combat spirituel.
 

Vous venez d’éditer un « Manifeste Contrelittéraire » collectif aux éditions du Rocher : pourquoi le moment de « manifester » est-il venu ?

La Contrelittérature : un manifeste pour l’esprit, tel est le titre exact ! Évidemment, c’est du Saint Esprit dont il s’agit, c’est-à-dire du « matériau le plus avancé » de l’art. Un lecteur qui oserait délaisser, ne serait-ce que quelques instants, son petit Finkielkraut ou son petit Muray, pour tourner quelques pages de notre livre, comprendrait immédiatement ce qu’est l’authentique pensée contre-moderne, c’est-à-dire la catholicité retrouvée. Aujourd’hui, le degré zéro de l’écriture horizontale ayant été atteint, le « moment » de la remontée se manifeste tout naturellement !
Notre livre est construit comme un blason. C’est un cercle qui serait l’expansion de son point germinatif, Le Manifeste contrelittéraire, et dont les différentes contributions en constitueraient les rayons. Cette figure, qui structure l’ensemble, renvoie à la structure circulaire du Nom divin qui est le lieu du Monde. Ce situs sacré, s’organise autour d’un point axial, un centre suprême qui est le blason de la contrelittérature : le Sacré-Cœur, métamorphose parousique du Graal de la littérature romane.

 

 

 

 

 

 

 

 

Le lecteur chrétien et catholique est parfois surpris de certaines orientations de votre revue, autour de Guénon, Corbin, du soufisme, de la Tradition primordiale… De « gnostique », pour le dire vite… La contrelittérature est-elle œuvre de « syncrétisme » ? De « synthèse » ? De « confrontation » ?

 

Je me permettrai de relever une petite incohérence dans votre question puisque, si un auteur a dénoncé le « syncrétisme », c’est bien René Guénon ! Il fut le premier à nous mettre en garde contre la « spiritualité à rebours », cette vague du « new-age » qui, depuis le dernier tiers du XXe siècle, a déferlé sur le monde occidental. Un lecteur de Guénon est très spécialement prévenu sur ces choses, croyez-le bien ! et tout lecteur attentif de Contrelittérature sait à quoi s’en tenir sur cela. Voyez-vous, il est très dangereux d’inverser le sens de l’œuvre guénonienne pour essayer de la désactiver : la diabolisation de l’œuvre de René Guénon qui sévit dans certains milieux catholiques est proprement « diabolique », je n’hésite pas à le dire. Quant à la sempiternelle question de la gnose, soyons clairs : la contrelittérature refuse l’hérésie « gnostique » qui prétend que la Connaissance est le Salut, mais elle reconnaît la vraie gnose qui permet de relire, à la lumière du Christ, la haute tradition antérieure au christianisme. C’est pourquoi le christianisme « comprend » le paganisme, alors que l’inverse n’est pas.
S’ouvrir à l’œuvre du Christ, c’est se heurter de front à notre civilisation anti-chrétienne, lutter contre la pornographie médiatique, entrer en résistance contre l’Iniquité globalisée, telle est la seule confrontation qui vaille, l’unique guerre sainte qui soit une « mise en demeure » ; car ce n’est pas d’un aggiornamento, d’une mise à jour, dont l’Église du Christ a soif, mais de s’en retourner vers la Maison du Père. Voilà notre démarche : nous retournons vers le Père.

 

La Contrelittérature : un manifeste pour l’esprit, Alain Santacreu (dir.), Éditions du Rocher, 2005, 240 p., 19, 90 €.




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10, rue Rozenwald - 75015 Paris






mercredi, 22 février 2006

Voie mystique ou voie initiatique ?

   Dans son magnifique site D'Orient et d'Occident, Jean Moncelon vient de recenser La Contrelittérature : un manifeste pour l'esprit. Son compte-rendu soulève des questions essentielles auxquelles nous souhaitons répondre et qui nous permettront, ainsi que nous l'avons décidé d'un commun accord, d'établir un prochain dialogue.

 

   Depuis 1999, la revue Contrelittérature entretient la flamme d’une démarche singulière : « Nous sommes partis de cette évidence, énoncée un jour par Henry Montaigu, qu’« il n’y avait qu’un seul scandale, et c’est la manifestation ». Mais ce scandale, ajoute Alain Santacreu, « est d’abord celui de l’homme séparé de Dieu et c’est par l’homme qu’il arrive ».
   Paraît aujourd’hui aux éditions du Rocher ce Manifeste pour l’esprit, qui en approfondit le sens et en déploie toute l’intention. C’est à Alain Santacreu que revient la responsabilité de présenter cette démarche, tandis que les auteurs qui y adhèrent l’appliquent à divers domaines de l’art : la musique, le théâtre, la poésie, ainsi qu’à la théologie. On retiendra plus particulièrement les contributions de Luc-Olivier d’Algange et de Marikka Dervoucoux. Le premier s’attache au poète romantique allemand Novalis – « L’espace des météores » – la seconde à qui l’on doit un ouvrage sur Marie des Vallées, la « sainte de Coutances », à l’écriture de Dieu : « Le corps de sable ou l’écriture de Dieu ».
   Notons dès à présent que la démarche en question qui est une révolte contre la littérature contemporaine, à laquelle il est difficile de ne pas souscrire, semble plus mystique qu’ésotérique. Il est dit, par exemple, à la p. 50 : « Pour atteindre ce pays de l’Imam caché ou rejoindre la contrée où se trouve le château du Vieux Roi Espiritaus, le héros aura soin de suivre scrupuleusement cet avertissement de sainte Thérèse d’Avila :
« Il n’y a qu’un chemin, c’est l’oraison. Si on vous en indique un autre, on vous trompe ». La double référence à la démarche théosophique de l’Islam iranien, selon l’expression de Henry Corbin, et à la pratique de l’oraison chez les Carmes peut entraîner quelques confusions dans l’esprit du lecteur. De même, p. 63, lorsqu’il est affirmé que « le langage des « intersignes » dont parle Louis Massignon, est celui de la langue des oiseaux ».
   Quoi qu’il en soit, il convient de distinguer entre l’intention qui est fondamentalement de se ressaisir, par la « contrelittérature », d’une « langue angélique », qui demeure très éloignée, et quasiment ignorée, de la littérature que nous connaissons actuellement, et le chemin – sera-t-il mystique ou initiatique ? - qui reste à parcourir pour atteindre cette « langue ». Pour ce qui est de l’intention, René Guénon remarquait déjà, en 1931, que « la poésie, originairement, n’était point cette vaine « littérature » qu’elle est devenue par une dégénérescence qu’explique la marche descendante du cycle humain ». 75 ans plus tard, la Contrelittérature apparaît comme une réaction d’autant plus pertinente que, d’une part, elle se trouve confrontée à une littérature dont on pourrait penser qu’elle a atteint son fond, ou son abîme, et que, d’autre part, elle prétend à un combat pour l’Esprit – ce qui, effectivement, dans une perspective mystique, revient à s’engager dans cette « grande guerre sainte (…) par laquelle l’amour s’en retourne à sa source. »
Reste le chemin lui-même : voie mystique, comme le suggèrent les références à Ste Thérèse de Lisieux, ou voie initiatique ? Voie de Marie des Vallées, du Cœur sacré de Notre Seigneur et des stigmatisées, les « colombes poignardées » où l’on retrouve Louis Massignon, ou bien voie alchimique ou « philosophale » à laquelle il est fait mention à plusieurs reprises ? Remarquons toutefois qu’il n’est guère possible de parler indifféremment des « œuvres alchimiques de Paracelse, de Boehme ou de Novalis » (p.90). De même, s’agissant de ce dernier, on ne comprend pas comment « l’ivresse et l’extase » seraient « ces formes ultimes de la connaissance pressenties par Novalis » ! Personne n’est moins « ivre », moins « extatique » que le poète romantique allemand pour qui « la vie parfaite est le Ciel ». L’expérience spirituelle de Novalis, comme celle de Jacob Boehme, est initiatique, et non mystique.
   La Contrelittérature est une démarche en devenir, dont les chemins, sans doute multiples, gagneront à distinguer entre mystique et initiation. Elle n’en est pas moins à son commencement parfaitement « orientée ». Comme l’écrit de manière exemplaire Luc-Olivier d’Algange : « Avant tout, il importe de reconquérir cet espace que Henry Corbin a nommé l’«Imaginal », qui n’est autre que l’imagination vraie de la théologie. » Ici, la référence à cette notion vitale, mais si peu retenue par nos penseurs contemporains, prend toute sa mesure, car ce n’est pas seulement la littérature qui est atteinte par ce mal typique de notre monde moderne qu’est « le règne de la quantité ». Or, quel est ce mal ? Sinon celui dont nous mourrons finalement si nous n’en venons pas à recourir, et à temps, au seul antidote qui nous reste en Occident : la reconquête de cet « envers du monde visible » qui donne sa plénitude à l’homme, dans sa relation au divin, à l’homme intégral, pourrait-on dire, à cet homme traditionnel qui fut celui de notre Occident chrétien jusqu’à la fin du moyen âge.
   Et, pour ce qui est de la littérature proprement dite, certes, on conclura avec Alain Santacreu que « la Contrelittérature est le réenchantement du monde comme roman : elle est l’écriture du monde comme relation ».


samedi, 28 janvier 2006

L'effort du lecteur de bonne volonté

On lira ci-dessous, les lignes perspicaces que P.-L. Moudenc nous a fait l’honneur de consacrer à La Contrelittérature un manifeste pour l’esprit, dans le journal Rivarol du 27 janvier 2006.

 


Plus état d’esprit que mouvement artistique stricto sensu, la contrelittérature, qui se veut une authentique “écologie de l’esprit”, a vu le jour en 1999 avec la publication d’un Manifeste en définissant les visées : s’inscrire contre la platitude narcissique de la littérature actuelle et, plus généralement, contre l’absence de profondeur de l’art contemporain, en opérant un déplacement vers le centre intérieur et transcendant de l’homme.
Cette réhabilitation de la mystique et de la métaphysique, leur inscription explicite dans le champ de l’art procèdent d’une pensée rebelle, à la fois soucieuse de renouer avec les formes les plus traditionnelles – la littérature médiévale, le chant grégorien, la conscience tragique et la catharsis théâtrales – et résolument avant-gardiste, car anticipant des réalités à venir. Ce livre, qui reprend et explicite des thèmes abordés par Alain Santacreu et ses disciples (sic) dans la revue Contrelittérature, constitue la troisième étape de l’histoire du mot, celle, selon Alain Santacreu, “où il doit être transformé en concept opératoire”. Ses auteurs s’attachent à passer en revue les domaines d’application de cette réaction qui est aussi un renouveau.
Ainsi la littérature, mais aussi le théâtre, la musique et même la théologie font-ils l’objet de contributions signées Luc-Olivier d’Algange, Marikka Devoucoux, Daniel Facérias, David Gattegno, Christian Rangdreul, Jérôme Rousse-Lacordaire et Jacques Viret. Sans doute leurs propos, parfois ésotériques, requièrent-ils une attention soutenue, mais ils sont assez originaux pour justifier l’effort du lecteur de bonne volonté…


lundi, 23 janvier 2006

La contrelittérature et le surréalisme

Nous reproduisons ci-dessous une recension de Michel Marmin, parue dans la revue éléments (numéro 119, Hiver 2005-2006) sous le titre « Littérature et contrelittérature ». À la fin de ce texte, on trouvera une brève réponse d’Alain Santacreu.

 

Voici quelques années que la revue Contrelittérature, fondée et animée par Alain Santacreu, mène un combat total, absolu, sans autre issue que la vie ou la mort, contre la modernité littéraire – ce qui est d’ailleurs, de son point de vue, un pléonasme, la « littérature » étant l’expression même de la modernité. En dépit de ses racines intrinséquement catholiques et de ses ramifications gnostiques, Contrelittérature est tout sauf une revue sectaire, et c’est bien ce qui en fait une aventure unique, ouverte à tous ceux que rebute la lecture au ras des pâquerettes. On peut en effet y lire des articles parfaitement hérétiques, au regard de ses fondements judéo-chrétiens, sous la plume de Luc-Olivier d’Algange, de Jean Parvulesco, de Francis Moury ou parfois, même, de la nôtre. Mais il manquait à cet étonnant chantier le manifeste qui en constituât l’étendard. C’est encore là une des originalités d’Alain Santacreu que d’avoir procédé à l’inverse de la démarche communément adoptée par les grands mouvements d’idées, qui posent les principes d’abord et les appliquent ( ou tentent de les appliquer ) ensuite. Alain Santacreu, lui, a expérimenté d’abord, puis a déduit les principes de l’expérimentation. C’est, si nous ne nous trompons, une méthode rigoureusement scientifique (et peut-être, soit dit sans malice, « moderne »).
Enfin, le manifeste est là, sous la forme d’un beau livre dont l’élégante nudité graphique et visuelle est déjà, en tant que telle, un signe de hauteur et d’ambition. Ce livre, intitulé La contrelittérature et précédé d’un « avant-dire » de Philippe Barthelet, s’ouvre par un incipit liber d’Alain Santacreu d’où découlent et par lequel s’éclairent toutes les autres contributions (dues aux principaux collaborateurs de la revue). Nous en retiendrons, pour mettre le lecteur en bouche, ce parallèle génial entre les mythes d’Œdipe et de Perceval : Œdipe, figure fondatrice de la littérature (donc de la modernité) répond à la question qui lui est posée ; Perceval, figure centrale de la contrelittérature, pose la question après la réponse qui lui est donnée. Cela donne fort à penser, et Alain Santacreu nous y aide. Parmi les contributions complémentaires, nous aurons plaisir à citer celle de Luc-Olivier d’Algange, qui élargit le champ de la contrelittérature vers des horizons platoniciens, donc « païens » (preuve supplémentaire de la largeur d’esprit d’Alain Santacreu), la méditation musicologique de Jacques Viret dont le titre, « Parole du verbe et chant humain : à la recherche d’une mélodie perdue », dit bien la substance, ou encore, par Alain Santacreu lui-même, une réflexion sur le théâtre qui démontre (une fois de plus) que l’avant-garde est le meilleur moyen de retrouver la tradition. Cela, un certain André Breton l’avait pressenti, et nous aimerions conclure en avançant que ce « manifeste pour l’esprit » est peut-être ce que la France, dans ce domaine, a produit de plus intelligent et de plus grisant depuis le premier Manifeste du surréalisme (qu’Alain Santacreu, nous ne comprendrons jamais pourquoi, n’aime pas).

Michel Marmin

 

Pourquoi je n’aime pas le surréalisme ? Je répondrai à Michel Marmin en citant deux questions d’André Breton :
En janvier 1952, dans le journal Le Libertaire, André Breton, évoquant la guerre d’Espagne, revenait sur la rencontre manquée du surréalisme avec l’anarchisme : « Pourquoi une fusion organique n’a-t-elle pas su s’opérer à ce moment entre éléments anarchistes proprement dits et éléments surréalistes ? J’en suis encore, vingt-cinq ans après à me le demander ». C’était la première question. S’y révèle la duplicité d’André Breton, lorsqu’on sait que la pseudo-révolte surréaliste procèda d’une trahison par Breton de la pensée anarchiste de Jacques Vaché qu’il connut en 1916.
La même année, interrogé à la radio par André Parinaud, Breton, en révélant la tentative du mouvement surréaliste naissant pour s’attacher la collaboration de Guénon, note la « déception » causée par son refus et s’interroge encore : « Il est curieux de conjecturer en quoi, l’évolution du surréalisme eût pu être différente, si par impossible, un tel concours ne s’était refusé… » C’était la seconde question.
Pourquoi Guénon a-t-il refusé de participer au mouvement surréaliste ? Parce que, pour avoir cédé aux idolâtries marxistes-léninistes et freudiennes, le surréalisme avait perdu son âme. L’erreur surréaliste correspond à ce que, dans mon texte sur le théâtre, j’ai appelé la « vaudouisation de l’âme ».
Je relève, en passant, l’allusion – un brin perfide – de Michel Marmin sur les soi-disant « ramifications gnostiques » de la contrelittérature.
Soyons clairs : la contrelittérature refuse l’hérésie « gnostique » qui prétend que la Connaissance est le Salut, mais elle reconnaît la vraie gnose qui permet de relire, à la lumière du Christ, la haute Tradition antérieure au christianisme. C’est pourquoi le christianisme « comprend » le paganisme, alors que l’inverse n’est pas.

vendredi, 06 janvier 2006

Souverainement contrelittéraire

Paul-Marie Coûteaux, dans le numéro de décembre 2005 de son journal L’Indépendance fait longuement allusion à la Contrelittérature dans un article intitulé : "De la réforme intellectuelle et morale : l’éclosion d’une génération nouvelle".
Après avoir cité pêle-mêle quelques revues et journaux, Paul-Marie Coûteaux conclut chaleureusement: “ Finissons avec le trimestriel Contrelittérature, emblématique de l’ensemble et qui rassemble des plumes de haute tenue telles Marikka Devoucoux, Philippe Barthelet, David Gattegno, Luc-Olivier d’Algange, Juan Asensio. Cette équipe vient de publier aux éditions du Rocher un imposant Manifeste pour l’esprit. Le fondateur de Contrelittérature, Alain Santacreu, écrit : “Être en avance sur le temps lui-même ne se conçoit que dans une vision traditionnelle d’un temps qui ne serait plus linéaire. Bien sûr, il ne s’agit pas de cette tradition sclérosée, sectaire, intégriste, figée dans son refus névrotique du présent, mais de la vraie Tradition, authentique et éternelle, dynamique et évolutive dans ses différentes formulations de races et d’époques. Car la Tradition n’est pas conservatrice mais révolutionnaire au sens propre du terme : elle n’est pas ce qui a déjà eu lieu mais ce qui toujours sera, retournant toujours à son Principe”. Et Paul-Marie Coûteaux de recommander l' "avant-dire" de Philippe Barthelet, intitulé “Mensonge littéraire et vérité angélique”, en relevant cette phrase essentielle: “La littérature s’est érigée en monde parallèle fait pour les hommes parallèles que nous sommes devenus”.

mardi, 20 décembre 2005

La Contrelittérature sur France-culture

Alain Santacreu sera reçu par Olivier Germain-Thomas, dans le cadre de son émission "For intérieur", le dimanche 8 janvier 2006, de 18h10 à 19h.