mardi, 01 septembre 2009
L'Atelier de la Rose (1950-1958)

Trois hommes furent à l’initiative de ce qui allait être une des réalisations éditoriales les plus originales de l’art chrétien du vingtième siècle : René-Maria Burlet (1907-1994), Robert Pouyaud (1901-1970) et l’abbé Nicolas-Marin Boon (1920-1981) [2].
Le peintre René-Maria Burlet animait à Lyon l’Académie du Minotaure, association artistique et culturelle fondée en 1942, qui deviendrait tout naturellement le support intellectuel et logistique de la revue [3]. Le sculpteur Robert Pouyaud, l’un des tous premiers élèves d’Albert Gleizes, avait été à l’initiative de la communauté d’artistes de Moly-Sabata [4]. L’abbé Nicolas Boon, flamand d’origine hollandaise, après avoir fait son séminaire à Nevers, avait été ordonné prêtre en 1948 et nommé curé dans le Nivernais [5].
Pour les contributeurs de L’Atelier de la Rose, l’œuvre d’Albert Gleizes, entre 1925 et 1950, avait ouvert la voie d’un retour aux principes opératifs de l’art sacré. Le peintre cubiste se reliait, par delà l’esthétique renaissante de la perspective, aux principes traditionnels de l’art roman. Son influence ne s’exerçait pas seulement à travers son œuvre picturale mais aussi par son œuvre d’essayiste et d’historien de l’art.
Selon Gleizes, la réalisation d’une œuvre d’art sacrée repose sur la conjonction de trois éléments plastiques : l’espace, le temps, la forme.
La répartition de la surface en plans orientés donne à l’œuvre sa mesure et sa proportion. Cette dimension statique de l’œuvre peinte qualifie son espace. L’espace donne lieu à l’architecture et s’impose aussi à toute technique murale – fresque, vitrail, tapisserie – ainsi qu’aux arts de l’objet : ameublement, céramique, poterie, costume, etc. Cette dimension confère à l’œuvre son ordonnance, son « ordination », au sens liturgique du mot – le temple chrétien se construit par le tracé qui le mesure et les axes cardinaux qui l’orientent.
Au sein de l’espace s’opère un développement musical auquel concourent à la fois la modulation colorée et les éléments linéaires graphiques – ponctuations, accents et silences – dont l’alternance compose les cadences et les temps forts qui se nouent et se dénouent en courbures, en spirales et entrelacs. Cette deuxième dimension de l’œuvre peinte est dynamique : elle relève de la musique car elle restitue le temps aux arts de l’espace. L’œil, au lieu de se figer sur un spectacle perspectif, comme dans la peinture renaissante, redevient mobile, retrouve sa nature spirituelle en épousant la trajectoire circulaire de la courbe.
De la conjonction de l’espace et du temps survient la troisième dimension de l’oeuvre, germe et plénitude des deux autres, son rythme : la forme unifiante de l’œuvre. Cette réalité transcende l’espace et le temps, elle se révèle dans l’intégration parfaite des composantes. La forme rythmique est le Verbe, intelligible et pourtant sensible, présent même si invisible, qui sous-tend et relie les figures plastiques.
L’Atelier de la Rose insista, tout au long de sa parution, sur son caractère œuvrier ; et Gleizes y collabora régulièrement jusqu’à sa mort en 1953, appelant à renouer avec les métiers manuels.
Ce qu’Albert Gleizes leur avait transmis dans la pratique du « métier » , les membres fondateurs de L’Atelier de la Rose l’avaient retrouvé dans la métaphysique de René Guénon. Ils partageaient sa conception traditionnelle de l’art : il s’agissait d’imiter la nature, non dans ses effets, mais dans ses opérations. La nature réalise la forme, ce que la scolastique appelait species, c’est-à-dire ce qui invite le regard à voir l’intelligible au travers du sensible. L’acte créateur s’assimile à un procès « intellectuel » tout à fait remarquable, sans parallèle dans la raison logique, par lequel les objets sont saisis dans leur essence, dans une sorte d’expérience créatrice, ou de connaissance, qui n’a pas d’expression conceptuelle et n’est exprimée que dans l’œuvre artistique. Étant donné qu’une telle conception de l’art présuppose une transformation intérieure préalable de l’artiste, les compagnons de L’Atelier de la Rose étaient à la recherche d’une voie de « réalisation spirituelle » qui, tout en confortant leur travail artistique, contribuerait à faire de leur revue un organe de rénovation de la tradition en Occident.
Cependant, la réalité chrétienne n’était-elle pas déjà trop gravement dévitalisée dans l’Ekklesia elle-même pour espérer la réémergence d’un art sacré ? Gleizes, lui-même, n’affirmait-il pas, dès 1923, dans La Peinture et ses lois : « L’Église est un organisme affolé dont les véritables maîtres se sont retirés. » Les artistes-artisans de L’Atelier de la Rose se posèrent la question d’une filiation spirituelle d’ordre traditionnel qui légitimerait leur propre création mais ils n’envisagèrent jamais d’autre rattachement que d’obédience catholique.
La rencontre entre Gleizes et le milieu des Études traditionnelles avait déjà eu lieu dans la seconde partie des années 1930 [6]. C’est à partir de certains collaborateurs de cette revue, alors dirigée par Jean Reyor, que le contact pu s’établir avec cette mystérieuse « Confrérie des Chevaliers du Divin Paraclet » dont les travaux de Louis Charbonneau-Lassay avaient divulgué l’existence.
Henri Giriat a révélé une lettre adressée, en 1959, à René-Maria Burlet par le Chevalier-Maître de la fraternité [7], qui est une péremptoire fin de non recevoir [8]. On peut se demander dans quelle mesure cette déconvenue intervint dans la décision d’arrêter la revue. Le fait est que L’Atelier de la Rose cessa de paraître avec son trente-troisième numéro (hiver 1958). Lors cette dissolution, les trois responsables, Pouyaud, Burlet et Boon, auraient convenu que seul ce dernier poursuivrait la quête vers cette filiation d’ésotérisme chrétien tant souhaitée. Envisageaient-ils par la suite de réveiller leur revue ? Mais ce moment ne vint jamais et, quelques temps avant sa mort, l’abbé Boon devait avouer à Giriat que, malgré vingt ans de probation, bien qu’il ait présenté ses travaux en « haut lieu », il n’avait toujours pas été accepté dans l’Ordre [9].
L’aventure de L’Atelier de la Rose est un épisode très singulier de la réception posthume de l’œuvre de René Guénon par des artistes chrétiens attirés par une « voie paraclétique » de leur propre tradition [10]. D’une certaine façon, les désillusions de l’abbé Boon témoignent de l’échec de la tentative de synthèse que souhaitait opérer L’Atelier de la Rose entre l’œuvre de Gleizes et la doctrine guénonienne [11]. Ce fût une occasion manquée pour qu’un art sacré chrétien puisse s’affirmer en pleine émergence de l’art contemporain [12] ; on le regrettera d’autant plus que, jusqu’à aujourd’hui, aucun signe précurseur d’une revivification traditionnelle de l’art en Occident ne s’est manifesté.
Notes :
[1] René Guénon en fera un compte rendu assez élogieux : cf. René Guénon, Comptes rendus, Éditions Traditionnelles, Paris, 1986, pp. 230-231. Dans le même ouvrage, on lira aussi deux recensions consacrées à Albert Gleizes, « La Signification humaine du Cubisme », pp. 30-31, et « Tradition et modernisme », pp. 151-152 ; ainsi qu’un compte-rendu de la brochure de Robert Pouyaud, « Sous le signe de la Spirale : Vézelay, centre initiatique », pp. 45-46.
[2] Cf. Henri Giriat, « L’Atelier de la Rose : une aventure artistique et spirituelle », in L’Atelier de la Rose, Éditions du Moulin de l’Étoile, 2008, pp. 9-29.
[3] Pour un approfondissement de l’œuvre de René-Maria Burlet et des activités de L’Académie du Minotaure, on lira : René-Maria Burlet, vers la lumière (dir. Alain Vollerin et Paule Martigny), Éditions Mémoire des Arts, Lyon, 2000.
[4] Robert Pouyaud en fut le premier résident. En novembre 1927, il avait rejoint Gleizes, près de Lyon, à Serrières où ils commencèrent l'aménagement d’un ancien couvent, sur l'autre rive du Rhône, à Sablons. Cette immense bâtisse allait devenir le centre artistique Moly Sabata. Peu avant son départ, en 1930, Pouyaud y accueillit celle dont le nom resterait lié à la communauté, l’artiste australienne Anne Dangar. Robert Pouyaud s'établit en 1931 à Asnières-sous-Bois, près de Vézelay, où il vécut jusqu'à sa mort en février 1970. Il a raconté ses souvenirs sur Moly Sabata dans une plaquette hors série publiée, en 1955, par l' Atelier de la Rose.
[5] Nicolas-Marin Boon est né en 1920 à Leisen aux Pays-Bas. Réfugié en France, il entre en 1942 au grand séminaire de Nevers. Il est ordonné prêtre par Mgr Flynn en 1948. Vicaire à Clamecy, puis à la cathédrale de Nevers de 1952 à 1954, il est nommé curé à Poiseux-Saint-Aubin-les-Forges de 1954 à 1969. Il sera, par la suite, chargé des paroisses de Raveau, Chaulgnes, Tronsanges. Malade, il doit renoncer à toute activité en 1978. On peut voir sur la voûte du chœur de l’église de Saint-Aubin une vaste peinture murale qu’il réalisa entre 1955 et 1960. Une oeuvre posthume, Au Cœur de l’Écriture, est parue en 1987, aux éditions Dervy-Livres. Cette publication a été établie par Monique André-Gillois d’après des notes rédigées pendant la maladie de l’abbé Boon. Cf. Guy Thuillier, Les auteurs nivernais de 1915 à 2005, Nevers, Société Académique du Nivernais, 2006.
[6] Deux recensions, sous la plume de Pierre Pulby, parurent respectivement consacrées à deux livres de Gleizes : Vie et mort de l’Occident, en 1936 ; et, en 1938, Homocentrisme ou le retour de l’homme chrétien.
[7] Si l’on s’en réfère à l’ouvrage de PierLuigi Zoccatelli, Le lièvre qui rumine ( Archè-Milano, 1999 ), il devrait s’agir de Louis Gros (1908-1994), alias René Mutel, Louis Barmont et Monsieur de Corberon, hétéronymes utilisés dans ses diverses contributions aux Études traditionnelles.
[8] On lira plusieurs extraits de cette lettre dans Henri Giriat, op.cit.
[9] Malgré la sympathie que nous inspire la personne de l’abbé Boon, nous sommes très circonspects sur la valeur de ses travaux kabbalistiques. D’ailleurs Monique André-Gillois, dans son « In Memoriam » inséré dans sa thèse d’État, reconnaît que la translittération de l’alphabet hébraïque que lui avait transmise l’abbé Boon et qui remontait à Knorr de Rosenroth, fut contestée par un certain « M. Yves Millet ». Or, ce dernier, s’il faut en croire Jérôme Rousse-Lacordaire, était « étonnamment proche de la "voie paraclétique" de la Fraternité des Chevaliers du divin Paraclet » (cf. Ésotérisme et christianisme. Histoire et enjeux théologiques d'une expatriation, Les Éditions du Cerf, 2007, p.312).
[10] Cf. « La voie paraclétique » in PierLuigi Zoccatelli, op. cit., pp.127- 133.
[11] On trouvera sur ce thème une étude très approfondie dans l’ouvrage magistral de Xavier Accart, Guénon ou le renversement des clartés, Edidit, Paris / Archè Milano, 2005, pp. 322-332.
[12] L’art dit « contemporain », est né au détour des années 60. On consultera en particulier : Christine Sourgins, Les mirages de l’art contemporain, La table ronde, 2005 ; et Aude de Kerros, L’art caché : les dissidents de l’art contemporain, Eyrolles, 2007.
mercredi, 05 novembre 2008
Un texte de Jean-Marie Mathieu
LA PRIÈRE SIGNÉE DU NOM [1]
Saint Thomas d'Aquin pensait que le Pater, l'oraison dominicale, le Notre Père, était la plus parfaite des prières.
Depuis le début de l’Église, cette prière – la seule enseignée par Jésus à ses Apôtres – a fait l’objet de nombreux commentaires exégétiques, spirituels, mystiques destinés à approfondir le sens des mots employés dans les évangiles de saint Matthieu ( Mt 6, 9-13) et de saint Luc ( Lc 11, 2-4) afin de nourrir la vie intérieure des croyants. Au cours des deux derniers siècles se sont développés de nouveaux types d’analyse littéraire s’ajoutant aux anciens, preuve s’il en était besoin qu’aucune "méthode" exégétique [2], qu’aucune "approche" [3] pour l’étude de la Parole de Dieu n’est réellement en mesure d’épuiser toute la richesse des textes bibliques, et notamment des deux versions du Notre Père.
Pour aujourd’hui, tenons-nous en aux travaux de deux auteurs – Jousse et Meynet – qui méritent considération.
Le P. Marcel Jousse (1886-1961), jésuite français professeur à l’École d’anthropologie et directeur du Laboratoire de rythmo-pédagogie de Paris, mit à la base de sa doctrine l’étude du geste et du mimisme humains, ce qui l’amena à découvrir l’originalité des cultures de style oral. Ses recherches en milieu ethnique palestinien, ses trouvailles concernant l’enseignement rythmique et mélodique du « rabbi Iéshoua de Nazareth » contribuèrent à remettre en question nombre de thèses exégétiques et ouvrirent des voies nouvelles à l’époque. Son élève et collaboratrice, Gabrielle Baron, publia il y a près de trente ans une Introduction au style oral de l’évangile d’après les travaux de Marcel Jousse [4] où elle donne le texte du Notre Père tel qu’il était "rythmo-mélodié" [5] au Laboratoire à chacune des leçons :

On peut remarquer la forte mise en relief des trois premières "demandes" = Récitatif 1, et des quatre dernières = Récitatif 2, suivant le traditionnel symbolisme du trois céleste en Haut et du quatre terrestre en bas. En effet, le nombre 3 peut être "lu" comme un triangle inscriptible dans un cercle, le cercle des cieux, et le nombre 4 comme un carré délimitant notre aire terraquée. L’abbé Jean Carmignac (1914-1986) - précision intéressante à donner ici - voyait dans l’oraison dominicale un « poème composé d’après des lois de l’art poétique que l’on retrouve aussi dans les manuscrits de Qumrân » : le Pater serait disposé en deux strophes, correspondant aux Récitatifs 1 et 2, chaque strophe comprenant cinq stiques bâtis très harmonieusement [6]. Quant à Pierre Perrier, chercheur dans la lignée du père Jousse et du cardinal Daniélou, il signale que le Pater araméen peut se lire trinitairement :

Le jésuite français Roland Meynet, qui fut l’élève de Paul Beauchamp s.j. et de Georges Mounin, professa durant vingt ans à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth et à l’Institut biblique de Jérusalem. Depuis 1992, il enseigne la théologie biblique à l’Université grégorienne de Rome. Grâce à Robert Lowth ( 1710-1787), théologien anglais professeur de poésie à Oxford, en qui il voit l’ "ancêtre" de ce qu’on appelle actuellement l' "analyse rhétorique", Roland Meynet réalisa que « quand on est décontenancé, quand on ne comprend pas un passage de la Parole de Dieu, il vaut sans doute mieux se remettre en cause soi-même plutôt que d’accuser l’auteur d’avoir mal composé. » Et de se demander « si les textes bibliques obéissaient à une logique différente de celle dans laquelle ont été formés les lecteurs modernes ? "Anomalies", "incohérences", "ruptures dans l’enchaînement normal des pensées", tous ces jugements négatifs ne seraient-ils pas formulés en fonction de notre logique occidentale ? »[7]
Le savant jésuite en vint alors à vérifier qu’existe bel et bien une rhétorique biblique, ou rhétorique sémitique comme on voudra, dont les canons sont différents de ceux de la rhétorique moderne, héritière de la Grèce et de la Rome antiques. Notre rhétorique classique, gréco-latine, n’est pas la seule manière au monde de penser, de s’exprimer, de composer ! Méfions-nous de l’ethnocentrisme occidental qui peut être parfois culturellement limité…
Grâce à l’approche rhétorique, Roland Meynet a mis en lumière la composition précise et admirable de l’évangile de saint Luc - que d’aucuns pensaient être une simple compilation de morceaux disparates disposés un peu au hasard - faisant surgir des effets de sens insoupçonnables dans les lectures traditionnelles. Son analyse met au jour une organisation concentrique [8] du Pater lucanien en cinq demandes :

Mais le père jésuite n’a garde d’oublier la prière du Seigneur selon le premier évangile ; d’une construction beaucoup plus régulière et plus complète, les sept demandes en saint Matthieu s’organisent selon un concentrisme éloquent autour de la demande centrale du pain, comme en saint Luc, notons-le :

Roland Meynet fait alors remarquer que les trois dernières demandes visent la libération de choses mauvaises, les « offenses », la « tentation », le « mal » ( ou le « Mauvais ») ; inversement, le « pain » de la quatrième demande n’est pas une chose mauvaise, mais une bonne chose bien sûr, comme celles des trois premières demandes, à savoir le « Nom » de Dieu, son « règne », sa « volonté ». On voit bien que, du point de vue morphologique, la quatrième demande se rattache aux trois dernières ( qui se terminent en « nous »), mais que du point de vue sémantique, elle se rattache aux trois premières (les bonnes choses, qui finissent en « toi »).
Par ailleurs, la troisième et la cinquième demandes sont les seules qui s’achèvent par une expansion qui, en grec, commence par le même « comme » : « comme au ciel ainsi sur la terre », et « comme nous remettons… » Ce qui fait un bel encadrement pour la quatrième demande, c’est-à-dire celle qui est placée au milieu exact de la prière.
Mais ce n’est pas tout : la quatrième demande se distingue de toutes les autres par le fait que ses deux membres sont strictement parallèles :

Notons, au début, les deux termes principaux de la phrase ( le complément d’objet direct et le verbe), suivis des compléments « de nous » et « à nous », puis des synonymes « quotidien » et « aujourd’hui ».
Enfin, et ce n’est pas la moindre chose, la demande du pain quotidien est celle qui s’accorde le mieux avec le Nom de celui à qui est adressée la prière. À tenir compte de la convergence de tous ces indices, ce n’est plus une division bipartite, mais une organisation concentrique qui s’impose. On pourra alors méditer, sans doute avec plus de fruit, en particulier sur les rapports que peuvent entretenir les demandes qui se correspondent, en miroir, de chaque côté de la demande centrale : par exemple, entre le saint « Nom » de Dieu au début et celui du « Mauvais » à la fin, sur le « règne » de Dieu et la « tentation » ( du « Mauvais ») qui sont , dans les évangiles, deux réalités dans lesquelles on « entre » ou on n’entre pas ; et, en relevant le parallélisme des deux demandes qui encadrent le centre, on pourra se demander en quoi consiste essentiellement la « volonté » de Dieu ! [9]
Grâce aux études des deux jésuites, Marcel Jousse et Roland Meynet, notre compréhension du Notre Père s’est approfondie, s’est enrichie, voilà qui est indéniable.
Mais je voudrais en venir maintenant à une autre approche qui me paraît faire la synthèse de tous ces acquis antérieurs, en leur donnant, me semble-t-il, le sceau final qui manquait à leur beauté.
Le philosophe René Descartes (1596-1650), au terme de son analyse complexe et passionnante de l’idée d’un être infini en ses Méditations métaphysiques – idée qui ne peut pas avoir été produite par un esprit humain fini et imparfait, donc idée mise dans notre esprit par Dieu lui-même – ajoute que cette idée unique d’un Dieu unique est en l’homme comme « la marque de l’ouvrier empreinte sur son ouvrage », « ut esset tanquam nota artificis operi suo impressa. » [10] Comprenons : l’ouvrage est par lui-même la marque de son Créateur ; l’homme serait ainsi la preuve vivante de Dieu !
Eh bien, il en est analogiquement de même avec la prière dominicale. Trop parfaite, trop "divine" pour avoir été "inventée" par un cerveau humain. Elle apparaît comme la signature du Seigneur, Dieu fait homme, qui nous l’a apprise. Mieux, elle est "signée" du Nom divin.
Je m’explique. Lorsqu’un chrétien se signe « Au Nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit », en portant sa main droite sur le front, le nombril et les deux épaules, il reproduit sur son corps le Nom divin révélé à Moïse au Buisson ardent : יהוה YHWH (Ex 3, 14), Nom qui peut se lire ainsi, trinitairement


Au centre de la Croix, de la croisée, vient s’insérer la lettre shin, Sh, vingt-et-unième lettre de l’alephbeth hébreu, symbolisant la nature humaine que le Fils, conçu du Saint Esprit né de la Vierge Marie de Nazareth, a revêtue en s’incarnant. On obtient Y H Sh W H, le « Nom nouveau » de Jésus ressuscité annoncé dans l’Apocalypse. [11]
Résumons succinctement les deux versions de la prière du Seigneur :

NOTES
[1] Le Cep n° 40, juillet 2007, pp. 76-85 ; à compléter par l’article sur « Le carré SATOR, le Pater Noster et la Croix » paru dans Le Cep n° 44, juillet 2008, pp. 64-80 ; (s.cep@wanadoo.fr)
[2] « Méthode » exégétique : ensemble de procédés scientifiques mis en œuvre pour expliquer un texte.
[3] « Approche » : recherche orientée selon un point de vue particulier.
[4] Paris, le Centurion, 1982, p. 51.
[5] Rythmo-mélodie : technique de civilisation orale où l’on mémorise contes, légendes, enseignements, etc., en balançant son corps d’avant en arrière et de gauche à droite, tout en rythmant et en mélodiant les phrases afin de les retenir par cœur. Cf. Jousse, Marcel, Rythmo-mélodisme et rythmo-typographisme pour le style oral palestinien, Paris, Geuthner, 1952.
[6] Cf. Les Nouvelles de l’Association Jean Carmignac, n° 30, mai 2006, p. 3.
[7] Meynet, Roland, L’Évangile de Luc, Paris, Lethielleux, 2005, p. 13.
[8] La rhétorique sémitique a un goût prononcé pour les compositions symétriques-concentriques : par exemple A-B-C-D-C’-B’-A’. Pour ceux qui voudraient en apprécier l’apport exégétique, il faut lire de Sœur Jeanne d’Arc : Les pèlerins d’Emmaüs, Paris , le Cerf, 1977, notamment le tableau intitulé « Le grand emboîtement » placé en fin d’ouvrage. Lire également du jésuite français Albert Vanhoye, récemment créé cardinal : La structure littéraire de l’Épître aux Hébreux, Paris DDB, 1963 ; sur bien des points, grâce à l’étude éblouissante de l’auteur, l’exégèse de cette Lettre du Nouveau Testament en sort renouvelée.
[9] Meynet, op. cit. pp. 516-517.
[10] Cf. Méditation IIIème, De Dieu, qu’Il existe, traduction française de l’édition latine (1641) par Louis Charles d’Albert de Luynes, en 1647.
[11] Ap 3, 12.
[12] 10 : valeur numérique du yod, 10ème lettre de l’alephbeth, symbolisant Dieu le Père ; le grand prêtre était l’analogué de la 1ère Personne de la Trinité, comme l’ est désormais le Pape dans l’Église catholique.
[13] Benoît XVI, Ratzinger, Joseph cardinal, Jésus de Nazareth, Paris, Flammarion, 2007, p. 174.

jeudi, 25 septembre 2008
Le carré SATOR, le Pater Noster et la Croix.

Si l'on veut étudier de près le mystérieux "carré" dit "magique", composé de 5 x 5 lettres formant quatre mots latins et un hapax [3] à l'étymologie énigmatique,

il faut avoir présent à l'esprit ces différentes dates qui aident à mieux en saisir l'importance :
* 1868 : découverte d'un "carré" incisé à la pointe dans les plâtras d'une villa romaine, datée du IIIème siècle de l'ère chrétienne, à Cirencester (du latin "castrum" – ou ville retranchée – et de "Corinium", nom d'homme ) dans l'actuel Gloucestershire en Angleterre, découverte rendue publique en 1903.
* 1925 : Matteo Della Corte ( 1875-1962 ), archéologue italien, trouve un "carré" dans les vestiges de l'humble demeure d'un certain Paquius Proculus, à Pompéi, cette ville déjà partiellement détruite par le tremblement de terre de 62 ap. J-C, puis entièrement engloutie sous les cendres et la lave lors de l’éruption du Vésuve en août 79.
* 1926 : Félix Grosser, pasteur évangéliste allemand de Chemnitz en Saxe, s'avise de ce que les vingt-cinq lettres du "carré" ( 4 A, 4 E, 1 seul N, 4 O, 2 P, 4 R, 2 S et 4 T ) peuvent former - à condition que le N soit commun - l'anagramme [4] latine "PATER NOSTER" redoublée, c’est-à-dire les deux premiers mots de la seule prière enseignée par Jésus à ses disciples, anagramme qu’il a l’idée géniale de disposer en croix autour du N central, plaçant les deux A et les deux O (où il lit le symbolisme des lettres grecques α alpha et ω oméga en référence à Ap 1, 8 ; 21, 6 et 22, 13 ) aux quatre extrémités, de façon à obtenir cette figure :

* 1930-35 : Guillaume de Jerphanion (1877-1948), jésuite français archéologue et byzantiniste, publie La voix des monuments (Éd. d'Art & d'Histoire), puis un article sur "La formule magique Sator arepo…" en Recherches de Science Religieuse (25, pp.188-225).
* 1932-34 : une mission américaine de la prestigieuse Université Yale, explorant le site archéologique de Doura-Europos en Syrie, y met au jour quatre exemplaires du "carré" gravés sur des ruines chrétiennes du IIIe siècle.
* 1936 : en novembre, M. Della Corte repère un nouveau "carré" gravé sur une colonne de la grande Palestre de Pompéi, découverte communiquée en 1937.
* 1948 : Jérôme Carcopino (1881-1970), historien français spécialiste de la Rome antique, publie en première version sa très complète étude sur "Le christianisme secret du carré magique", dans Museum Helveticum.
* 1955 : Szilagyi, archéologue hongrois, trouve dans les fouilles de Budapest une tuile d'Acquincum, datée de 105 ap. J-C, portant gravé le fameux "carré".
* 1968 : Alexis Curvers (1906-1992), écrivain liégeois d'expression française, fait paraître dans la revue Itinéraires une série d'articles, sur "le carré magique", en neuf chapitres échelonnés sur toute une année ; publication très importante signalée par Frère André, bibliothécaire bénédictin.
Ainsi, en l'espace d'un siècle, de 1868 à 1968, se mit en place l'essentiel de ce qui, à mon avis, constitue, dans l’état actuel de nos connaissances, le dossier fondamental concernant le carré SATOR. Les quelques pages qu’ un abbé Jean Carmignac ( 1914-1986 ) consacrera à ce cryptogramme [5], un an plus tard, dans ses Recherches sur le "Notre Père" (Paris, Letouzey & Ané, 1969, pp. 446-468), viendront souligner le sérieux d’une telle étude.
Il existe plusieurs traductions de ce palindrome [6]. Aucune ne semble s’imposer, car l’hapax AREPO fait toujours problème. Henri Desaye, conservateur du Musée de Die dans la Drôme, pense que ce mot fait « allusion à la charrue gauloise qui, à la différence de l’aratrum classique, pouvait être montée sur roues. Arepo est d’ailleurs un mot d’origine celtique. Arpennis : "un arpent" se trouve dans une épitaphe de Die du II-IIIe siècle. D’où l’hypothèse d’une origine gallo-romaine du carré. Mais de là à attribuer, comme le fait J. Carcopino, la formule à saint Irénée de Lyon ! » De son côté Pierre Gastal, historien spécialiste des langues celtiques, auteur de Sous le français, le gaulois (Éd. le Sureau, 2003), confirme bien que le mot « arepennis ( = arpent) , mesure de surface de 12,5 ares, est attesté gaulois par Columelle, » écrivain latin du Ier siècle, mais se refuse à le rapprocher de l’hapax arepo.
Voici une traduction quasi mot à mot qui fera comprendre que le principal est ailleurs : « Le semeur (SATOR) Arepo ( ? ) conduit (TENET) par son œuvre (OPERA) les roues (ROTAS). » Sous les dehors déconcertants du sens (?) apparent se cache un sens second que le cryptogramme recèle comme un trésor enfermé à double tour : le Notre Père, l’Alpha-Oméga et la Croix.
Largement diffusé un peu partout dans le monde antique (on en trouve en Syrie, en Éthiopie sur les bords du Nil, en Europe), fréquemment recopié jusqu’à la Renaissance (rien qu’en France, ils sont assez nombreux les châteaux et les ouvrages s’ornant de la mystérieuse grille), ce carré SATOR ne fut pas ignoré des érudits du Moyen Âge ; ainsi en trouve-t-on un très bel exemplaire dessiné dans une Bible carolingienne datant de 822, un autre illustrant un parchemin du XIIIème siècle, un troisième gravé sur le mur d’une église romane, etc.
Mais si les médiévaux savaient qu’ils avaient affaire à un palindrome SATOR-ROTAS, ils repérèrent aussi qu’il s’agissait d’une anagramme de vingt-cinq lettres latines à déchiffrer – s’escrimant alors à composer qui "Retro, Satana, toto opere asper", qui "Oro te, Pater, oro te, Pater, sanas", qui encore "Ora, operare, ostenta te, Pastor", etc. Cependant aucun d’entre eux n’eut l’inspiration de découvrir le PASTER NOSTER redoublé ; ou alors, là dessus, le silence fut bien gardé. Seul, peut-être, Raban Maur (780-856), ancien disciple d’Alcuin, devenu moine bénédictin et archevêque de Mayence, laissa-t-il transparaître qu’il avait deviné quelque chose dans son fascinant De Laudibus Sanctæ Crucis…
Ayons bien conscience qu’après le décodage du PATER NOSTER par le Pasteur Grosser, la découverte d’un second "carré" à Pompéi éclata comme une "bombe" dans le milieu des spécialistes de la question, la plupart d’entre eux, influencés par Renan, niant la possibilité d’une présence chrétienne à Pompéi avant 79 de notre ère.
La Providence choisit alors un catholique fervent à l’intelligence déliée et à la plume acérée, je veux parler d’Alexis Curvers, pour que réponse soit apportée, point par point – en cette célèbre année 68 – à toutes les objections soulevées à ce propos. Oui, il y avait des chrétiens à Pompéi ; oui, ces derniers pouvaient réciter en latin la prière dominicale [7] ; oui, l’un d’entre eux a très bien pu graver le carré SATOR comme signe de ralliement secret, allusion discrète à sa foi chrétienne; oui, ce fameux carré comporte des aspects venant de la Tradition hébraïque, la Qabalah [8], mais précisément les premiers chrétiens – à commencer par les Apôtres saint Pierre et saint Paul morts à Rome – étaient d’origine juive ; oui, le scandalum crucis ainsi que les persécutions expliquent la crux dissimulata dès le début du christianisme ; oui, l’Église a pu enseigner le sens symbolique de l’Alpha-Oméga bien avant la mise par écrit (supposée tardive ?) du livre de l’Apocalypse ! On comprend dès lors pourquoi ceux qui, depuis 1968, pensent pouvoir démontrer que le carré SATOR n’a rien de spécifiquement chrétien contournent prudemment le rocher Curvers…n’osant pas se mesurer à lui ; trop abrupt, trop coriace .
Paul Veyne, professeur au Collège de France spécialiste de l’Antiquité romaine, publia en décembre de cette même année 1968, un article intitulé "Le carré SATOR ou beaucoup de bruit pour rien", titre qui annonçait déjà par lui-même la couleur (in Bulletin de l’Association Guillaume Budé, Lettres d’Humanité, t. 27, 4 série, n° 4, pp. 427 à 456). S’il croit que le carré est réellement un palindrome, il doute en revanche fortement qu’il soit une anagramme intentionnelle guidée par la foi chrétienne, car les lettres latines qui composent ce carré sont si banales et leurs fréquences respectives si peu anormales qu’à partir d’elles on peut composer de nombreuses anagrammes aux sens contradictoires. Dans ce cas, impossible de préférer la "lecture chrétienne" du PATER NOSTER . Mais, objectera-t-on, ce carré SATOR n’a-t-il pas été mis souvent en rapport avec la Croix du Christ ? Qu’à cela ne tienne ! Notre savant professeur ne voit là aucun apport lumineux sur la question de l’anagramme : car « cela s’explique tout simplement [sic], comme on sait, par la croix que dessine le palindrome, avec ses quatre T en croix, à des yeux obsédés [resic] de symbolique. » Manière cavalière de ne pas vouloir apercevoir ce qui gêne… En réalité, l’article de Paul Veyne est une véritable débauche d’érudition – on y a même droit aux increvables "singes dactylographes" – qui pourrait se résumer ainsi : beaucoup d’érudition pour rien .
L’ouvrage sur Le carré magique, Le Testament de saint Paul (Cahors, Diffusion Picard), que publia Charles Cartigny en 1984, m’apparaît en quelque sorte comme une réponse au Pr Veyne. L’auteur pose d’emblée un constat page 20 : « Ce carré a un intérêt certain ; le fait qu’il ait été soigneusement gravé dans la pierre et sa large diffusion en sont les garants. Il constitue certainement un message dont la clef est peut-être définitivement perdue. Cette dernière opinion m’est apparue comme la plus sage, et je me suis simplement appliqué à chercher cette clef perdue.» Il explique alors qu’ il a découvert successivement dans le carré SATOR, grâce à une originale méthode de lecture :
« 1° L’Existence d’une Parole cachée et codée.
2° Cette Parole est celle que Jésus à [sic] écrite sur le Bois (La Croix).
3° Cette Parole doit être reportée et gravée sur la Pierre (Le Carré).
4° La Parole doit conduire à la Porte étroite afin de la franchir.
5° La Parole cachée est confiée au poète.
6° La Mission du poète est de faire éclater et rayonner la Parole.»
Le décryptage ingénieux de Cartigny ne manque pas d’ intérêt, mais me semble trop touffu et quelque peu sibyllin. Que tirer, par exemple, de ces phrases prises au hasard : « Ô ! reste ainsi, joyau radian, ô ! demeure… » ; « Je m‘avance en rampant, Moi, Semeur ou Créateur » ; « file, défile, avance en te glissant à travers les choses résolues. » ? Paraphrasant saint Paul (1 Co 14, 18), je pourrais conclure ainsi : « J’aime mieux dire cinq paroles avec l’intelligence que dix mille autres en langue , celle-ci fût-elle latine! » Et puis, chacun sent bien que l’explication la plus simple est souvent la plus riche de sens.
Nicolas Vinel, étudiant au Centre Philosophies et Rationalités de l’Université de Clermont-Ferrand, a publié en 2006 dans la Revue de l’histoire des religions (223 – 2/, pp.173 à 194) un article intitulé "Le judaïsme caché du carré SATOR de Pompéi". Il s’appuie sur l’hypothèse d’un cryptogramme juif utilisant l’arithmétique pythagoricienne, la validant par le déchiffrement du SATOR, qui s’avérerait à la fois un signe de reconnaissance juif, aux dimensions de l’autel de bronze d’ Ex 27, et un symbole sotériologique [9], image du serpent de bronze de Nb 21.
Affirmant sans preuve que « les créateurs du SATOR, (qui) ont probablement vécu peu avant l’ère chrétienne », il n’en conclut pas moins clairement : « En tout cas, le SATOR est une création juive, et celui de la palestre pompéienne est aussi juif ; quant à ceux inscrits à Budapest ( IIème s.), Cirencester ou Doura-Europos ( IIIème s.), rien ne permet de décider si leurs auteurs étaient juifs ou chrétiens, mais on peut penser que le judaïsme aura délaissé très tôt ce cryptogramme en latin, pour les mêmes raisons qu’il a finalement abandonné la version grecque des Septante, devenue la Bible des chrétiens. »[10]
On peut penser différemment en lisant ce qu’écrit l’Apôtre en He 9, 12 : « Quand le Christ est entré [ comme grand-prêtre ] une fois pour toutes dans le lieu très saint, il n’a pas offert du sang de boucs ni de veaux ; il a offert son propre sang et a obtenu pour nous le salut éternel. » La Croix du Golgotha, où coula le sang de l’Agneau immolé, est le véritable autel des sacrifices. Le Vendredi Saint fut le Jour du Grand Pardon en faveur de toute l’humanité.
Le serpent de cuivre rappelle évidemment Jn 3, 14-15 où Jésus explique à Nicodème : « De même que Moïse a élevé le serpent de cuivre sur une perche dans le désert, de même le Fils de l’homme doit être élevé, afin que tout homme qui croit en lui ait la vie éternelle. »
Mais ceux qui se reporteront à la page 184 de l’article sur "Le judaïsme caché…" vérifieront vite par eux-mêmes qu’il faut vraiment de la bonne volonté pour arriver à voir le mot latin "SERPENS" – reptile terriblement sinueux ! – dans la nouvelle grille de lecture proposée…
Au sujet du N placé au centre du carré, il peut se "lire" comme la lettre hébraïque נ noun, signifiant "poisson" en araméen (Vinel ne veut retenir que le sens de "serpent d’eau", on devine pourquoi). Un Poisson au centre d’une telle Grille … voilà qui ne peut pas ne pas nous faire souvenir de l’acronyme grec bien connu : "Icthus" ( ΙΧΘΥΣ ιχθυς signifie "poisson" en grec ), premières lettres de cette formule : Ιήσόύς Χρίστος Θέου Υίος Σώτήρ "Iésous Christos Théou Uios Sotèr", soit en français "Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur". Comment également ne pas se remémorer cette belle phrase de saint Augustin d’Hippone en son Commentaire de Jn 21, 9 : « Piscis assus, Christus est passus » : « le Poisson rôti, c’est le Christ mort en croix » , puis ressuscité qui se livre en nourriture à ses sept disciples sous le signe de la Passion rédemptrice. On dirait que notre divin Sauveur, après sa glorification, veuille que nous ne le rencontrions plus qu’au travers du sacrement dans lequel il se livre en nourriture aux fidèles et qui en perpétue l’actualisation. L’évangéliste saint Luc précise d’ailleurs que le Ressuscité mangea lui-même du poisson grillé (24, 42) … Peut-être faut-il voir un clin d’œil spirituel de nos ancêtres du Moyen Âge dans le fait qu’ un carré SATOR se trouve gravé sur l’une des pierres de la chapelle romane Saint-Laurent, à Rochemaure en Ardèche , lorsqu’ on apprend par la Légende dorée que saint Laurent, diacre martyr à Rome au IIIème siècle, fut condamné à mourir à petit feu allongé sur un gril. « C’est bien assez grillé de ce côté, tu peux me retourner ! » aurait-il dit, plein d’humour et de courage, à son bourreau .
Pour être précis, il faudrait signaler que dans l’alephbeth hébreu la lettre נ noun, N, est la 14ème, au milieu exact des 27 signes lettriques : soit de א aleph = 1 à ת taw = 22, plus les 5 lettres finales K, M, N, Ph et Ts = de 23 à 27 ; ce fait permet d'accorder au N la valeur numérique 14. Un passage scripturaire aussi simple qu’étonnant – ce qui donne une idée de l’intelligence et de la finesse de l’Auteur de la Bible – le confirme. En Nb 14, 34, Y H W H décide de punir les fils d’Israël: « Il vous a fallu quarante jours pour explorer le pays ; eh bien, ce sera pendant quarante ans que vous subirez les conséquences de vos péchés ! À chaque jour correspondra une année. Ainsi vous saurez ce qu’il en coûte de s’opposer à Moi. » Les mots pour "jour", en hébreu יום yom, soit Y = 10 + W = 6 + M final = 24 , et "année", en hébreu shanah , soit Sh = 21 + N = 14 + H = 5, ont tous les deux, curieusement, la même valeur numérique 40 [11].
Que le N trône au centre du carré SATOR, comme il est au milieu de l'alephbeth hébreu, jette un éclairage nouveau sur notre grille de lecture, une fois éliminées les lettres autres que les 4 A, les 4 O et les 4 T autour du N central. L’ensemble suggère le cercle de l’éternité ( Alpha et Oméga ) frappé de la croix terrestre ( les 4 T ).

Et relevons bien que chacun des T est entouré par A et O, à lire dans le sens des directions cardinales : Alpha ╬ Oméga. La Croix du Christ, plantée au cœur de nos vies, dressée au mitan des siècles, domine la "roue" de l'Histoire. Dans l’art chrétien primitif, il n’est pas rare de voir, écrites sous les bras de la Croix, les lettres grecques α et ω. On en comprend désormais le symbolisme, lequel se retrouvera plus tard sur le cierge pascal. Une telle signification se cacherait aussi dans l’ énigmatique "ANO" gravé directement sous le carré SATOR de la palestre pompéienne ; le N, Noun, ce Poisson christique, y apparaît comme le Médiateur au cœur des temps, entre l’Alpha et l’Oméga, entre le début et la fin de toutes choses.
Il n’est pas jusqu’à ces sept lettres "SAUTRAN", ajoutées juste au dessous d’ ANO, qui ne prennent désormais un singulier relief. Nicolas Vinel explique savamment, dans son article page 192 , que « sous la forme d’infinitif absolu SATOR [de la racine verbale hébraïque str signifiant "cacher, protéger"], SAUTRA N est vraisemblablement une prière de forme str + nom divin : " Cache-moi, Y H W H."» Pour ma part, j’y verrais plutôt le rappel de la "discipline de l’arcane" [12] chère aux premiers chrétiens et traduirais ainsi : « SAUTRA N ! = Cache le Poisson ! » Paradoxale logique de notre Dieu qui aime se révéler tout en restant caché ! Mais n’est-ce pas justement de cette manière que le Verbe incarné vécut, puis mourut sur le bois un 14 nissan sous la figure du Serviteur souffrant ?
Page 182 , Nicolas Vinel n’avait pas manqué de mentionner que le T latin correspond à la 22ème lettre hébraïque, ת le taw , qui est précisément ce signe que Dieu, en Ez 9, 4, ordonna d’inscrire sur le front des justes destinés à être sauvés de la mort [13]. Mais il oublie de préciser qu’une telle lettre avait primitivement la forme d’une croix et qu’elle permettait de symboliser, d’après la Tradition, le Nom même de Y H W H, comme nous l’explique admirablement Liliane Vezin en son ouvrage intitulé Beauté du Christ dans l’art ( Paris, Mame, 1997, p. 24 ).
Voilà qui nous ramène au Nom propre de Dieu יהוה pouvant se lire trinitairement :
Y = י yod, lettre symbolisant le Père ; H = ה hé, lettre symbolisant l’Esprit du Père ; W = ו waw, lettre symbolisant le Fils ; H = ה second hé, lettre symbolisant l’Esprit du Fils.
Donnons-en le schéma cruciforme :

Au centre de la croisée se place la lettre ש shin, Sh, symbole de la nature humaine que le Fils, conçu du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie, a revêtue en s’incarnant. On obtient ainsi le "Nom nouveau" יהשוה Y H Sh W H – à nouvelle mission, Nom nouveau – annoncé par le Ressuscité lui-même dans l’Apocalypse (3, 12).
C’est ce Nom nouveau aux deux HH dédoublés qui paraît structurer la Prière enseignée par Jésus, telle que la transmet l’évangéliste saint Matthieu (6, 9 à 13) avec ses sept demandes caractéristiques. Disposé suivant la croisée, le Nom de gloire Y H Sh W H unit, dès lors, l’oraison dominicale à la Croix, comme s’il convenait d’écarter les bras – à la manière du célébrant dans la liturgie gallicane – pour réciter le Notre Père… Marthe Robin (1902 - 1981), la stigmatisée de la Drôme qui tenta de traduire les visions et les expériences mystiques dont elle fut gratifiée durant de longues années, a noté que, lors de la Préparation de la Pâque, Jésus « pria plusieurs fois les bras en croix, les yeux fixés au ciel… » (cf. Les Cahiers de Marthe Robin, n° 1, 2008, p.130).
Développons donc notre commentaire du Pater en suivant cette ordonnance :

Y * Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié.
Comme le font remarquer les spécialistes en communication, « toute prise de parole a un début, un développement et une fin. Mais si elle n'a pas de début, elle n'aura ni développement ni fin. Toute parole est ainsi contenue, d'une certaine façon, dans son début, l'exorde. » (cf. Philippe Breton, Convaincre sans manipuler, Paris, la Découverte, 2008, p.110 ). Il en est ainsi pour la première demande du Pater, laquelle contient en germe toutes les autres qui déroulent les lettres du Nom de gloire Y H Sh W H aux deux HH dédoublés. Le grand-prêtre juif, lors du Yom Kippour, portait sur le front une lame d’or où étaient gravées huit lettres hébraïques q d sh l Y H W H : "Saint pour Y H W H" . Ponce Pilate ordonna de faire un écriteau portant cette inscription en hébreu, en latin et en grec – soit les trois langues que l’on peut "lire" dans le carré SATOR – : " Jésus de Nazareth, le roi des juifs", et de le clouer au-dessus de la tête du Christ couronné d’épines. Notre Seigneur est bien le Chef de toutes les nations, de tous les peuples, de chacune de nos pauvres personnes, étant le Créateur de cet univers qu’emplit la gloire de son Nom trois fois Saint.
H * que ton Règne vienne.
Le malfaiteur crucifié à main droite du Seigneur lui dit : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton règne !» Croyant israélite, il devait avoir eu hâte de voir régner la Maison de David. Nous avons appris, de la bouche même du Logos, que le Royaume divin n'est pas de ce monde terrestre, puisqu'il est spirituel, célestiel, éternel.
* que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel.
Le bon larron avait lancé à son compagnon d' infortune situé à la gauche de Jésus: « Ne crains-tu pas Dieu, toi qui subis la même punition ? Pour nous, cette punition est juste, car nous recevons ce que nous avons mérité par nos actes ; mais lui n'a rien fait de mal ! » (Lc 23, 40-41). Il acceptait par là même, humblement, que la justice humaine puisse imposer ici-bas un châtiment proportionné. Et quand il entendit cette réponse: « Je te le déclare en vérité : aujourd'hui tu seras avec moi en paradis ! » (Lc 23, 43), comment put-il douter de la réalisation d'une telle parole qui apparaissait comme l'une des dernières volontés du Christ mourant, crucifié à ses côtés ?
Sh * donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour.
Au centre de la croisée se place la lettre shin représentant la nature humaine revêtue par le Fils. Tertullien a cette formule inoubliable : « Caro salutis est cardo » : « la chair est le pivot du Salut . » Centre charnel, concret, magnifiquement symbolisé par le cœur. « Quand ils ( les soldats ) arrivèrent à Jésus, écrit S. Jean, ils virent qu'il était déjà mort (...). Mais l’un des soldats lui perça le côté avec sa lance. » ( Jn 19, 33-34 ). Le miracle eucharistique de Lanciano, qui survint en Italie au IXème siècle, est très éclairant à ce sujet. Sous les yeux du moine incrédule, le pain déposé sur l’autel se transforma en chair et le vin du calice devint du sang ; l'analyse scientifique réalisée en 1970 a révélé que cette chair, mystérieusement conservée au cours des siècles, est du tissu musculaire strié du myocarde. « Voici ce Cœur qui a tant aimé les hommes ! » déclara le Seigneur qui apparut à sainte Marguerite-Marie, à Paray-le-Monial en juin 1675.
W * pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.
Saint Jean, en son chapitre 13, ne décrit pas le déroulement du "repas du soir" que Jésus prit avec les disciples avant sa Passion. Il rapporte, au contraire, comment le divin Maître lava les pieds de ses Apôtres, au grand scandale de Simon-Pierre. Benoît XVI, lors du Jeudi Saint 2008, a bien expliqué le sens profond de ce geste surprenant: « Nous avons besoin de ce "lavement des pieds", de ce lavement des péchés quotidiens, et pour cela nous avons besoin de la confession des péchés (...). Nous avons besoin de la confession sous la forme du sacrement de la réconciliation. Par ce sacrement, le Seigneur lave toujours à nouveau nos pieds sales afin que nous puissions nous asseoir à table avec Lui (...) Nous devons nous laver les pieds les uns les autres dans le service quotidien et réciproque de l'amour. »
H * et ne nous fais pas entrer en tentation.
Le malfaiteur crucifié à main gauche du Seigneur « l'insultait en disant :"N'es-tu pas le Messie ? Sauve-toi toi-même et sauve-nous !" » (Lc 23, 19) Voilà bien la constante tentation de mettre Dieu à l'épreuve, tentation à laquelle n'échappèrent point les fils d’Israël au désert, ainsi que le rappelle le Psaume 78, 17-18 : « Ils s'opposèrent au Dieu Très-Haut. Ils osèrent mettre Dieu au défi ! » Et Jésus lui-même, avant le début de sa vie publique, répondit au Tentateur : « L'Écriture déclare : "Ne mets pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu." » (Lc 4, 12). Le mauvais larron, inspiré par l'Esprit du Mal, est tombé dans le piège infernal : insulter, tenter le Messie ! À pareil pécheur, Jésus ne répondit pas un mot , pas un seul mot de condamnation, remarquons-le bien. Il y a donc place pour l’Amour miséricordieux qui pourrait murmurer « Abba ! Papa ! aie pitié de lui, il ne sait pas ce qu’il dit ! »… « Entre le pont et l'eau » disait le saint Curé d'Ars.
* mais délivre-nous du Mal.
C'est le moment de nous souvenir que le 13 mai 1917, à Fatima, la Vierge Marie demanda d'ajouter, à la fin de la récitation de chaque dizaine de la prière du chapelet, cette supplique :"Ô mon Jésus ! pardonnez-nous nos péchés, préservez-nous du feu de l'enfer et conduisez au Ciel toutes les âmes, spécialement celles qui ont le plus besoin de votre miséricorde." Comment nier que le mauvais larron fasse partie de ces dernières ? Lorsque fut mondialement connu le blason épiscopal – devenu armoiries papales – de Jean-Paul II, en 1978, les spécialistes ès sciences héraldiques furent étonnés de constater que le bras senestre de la croix d'or, bras sous lequel est dessiné le "M" marial, était plus long que le bras dextre. On peut mieux saisir désormais, par le biais de ce simple détail, l'importance que ce pape attacha à la présence de la divine Miséricorde, et de Marie "Mère de Miséricorde", dans notre monde submergé par la violente culture de mort. Dieu préfère sa Main gauche, le Seigneur allonge son Bras gauche en vue d'en faire un rempart, un bouclier capable de nous libérer de l’emprise du Malin.
D'une certaine manière, les trois croix sont donc indissociables. Nos frères orthodoxes ont d’ailleurs coutume de symboliser les deux malfaiteurs par une planchette clouée sous les pieds du Christ en croix, planchette disposée volontairement de guingois, c’est-à-dire plus haute – en direction du paradis – du côté droit du Crucifié (place du bon larron) que du côté gauche (place du mauvais larron) – en direction de l’enfer. En France, les splendides calvaires bretons par exemple, tel celui de Plougastel-Daoulas dans le Finistère, sont là pour nous rappeler pareille "leçon" : gardons en mémoire les trois arbres dressés sur Le lieu du Crâne.
Une tradition rapporte que lorsque sainte Hélène, la mère de l'Empereur Constantin, entreprit la recherche des reliques du Christ à Jérusalem, en 326, elle fut peinée, car les croix des deux brigands étaient mêlées avec celle du Seigneur qui fut crucifié au milieu d'eux sur le Golgotha ; impossible de reconnaître le bois ayant porté Jésus de Nazareth "le roi des juifs" ! Il fallut rien moins qu’ une guérison miraculeuse, sur l’initiative de saint Macaire, pour "inventer" la vraie Croix, ce trône royal du "Seigneur de la gloire" comme écrit saint Paul ( 1 Co 2, 8 ). Mais qui est donc ce Roi de gloire ?
« Alors la mère des fils de Zébédée s'approcha de Jésus avec ses fils ; elle s'inclina devant lui pour lui demander une faveur.
- Que désires-tu? lui dit Jésus.
Elle lui répondit :
- Promets-moi que mes deux fils que voici seront assis l'un à ta droite et l'autre à ta gauche quand tu seras roi.
- Vous ne savez pas ce que vous demandez, répondit Jésus. Pouvez-vous boire la coupe de douleur que je vais boire ?
- Nous le pouvons, lui répondirent-ils.
- Vous boirez en effet ma coupe, leur dit Jésus. Mais ce n'est pas à moi de décider qui sera à ma droite et à ma gauche ; ces places sont à ceux pour qui mon Père les a préparées. » (Mt 20, 20-24) .
Jean-Marie Mathieu
NOTES
[1] Le Cep n° 44, juillet 2008 ( s.cep@wanadoo.fr )
[2] Les Bergers du Soleil ; L'Or peul, éditions DésIris, 1998, couronné par l'Académie française) ; Le Nom de gloire ; essai sur la Qabale, éditions DésIris, 1992 ; Le nom de Josué-Jésus en hébreu et en arabe, Saint-Marcellin, Outre-Part Éd., 1998.
[3] Hapax (ou apax) : mot rare, voire erreur de copiste, attesté dans une seule source.
[4] Anagramme : mot, ou ensemble de mots, formé par la transposition des lettres d’un autre mot.
[5] Cryptogramme : message écrit à l’aide de caractères secrets.
[6] Palindrome : vers, ou phrase, pouvant être lu dans les deux sens.
[7] Le pape Victor, en 182, abandonnera officiellement le grec pour adopter le latin dans la liturgie romaine.
[8] Qabalah : de l’araméen קבלה signifiant "réception" ; on le rend parfois en français par Kabbale, ou Cabale, voire Qabale.
[9] Sotériologique : de sotériologie, partie de la théologie qui concerne l’étude du salut.
[10] La version grecque des LXX fut abandonnée par le judaïsme, car elle semblait annoncer la Révélation christique. Si je comprends bien, pour Nicolas Vinel le carré SATOR, créé par des Juifs avant notre ère, fut soudain mis de côté au IIème siècle ap. J-C, parce qu’ il aurait symbolisé par trop prophétiquement Jésus le Messie et sa Croix rédemptrice. Ce serait un bel aveu !
[11] Pour que le mot hébreu YWM "jour" nombre 40, il faut que le M final vaille 24, et non pas 60, ni 600 comme chez les kabbalistes pseudo-gnostiques. La numération de 1 à 27, par ce fait même, est confirmée.
[12] « La "discipline de l’arcane", i-e l’obligation de tenir secrets certains enseignements, a existé dans l’Église, au moins jusqu’au Vème siècle. Sait-on – chose étonnante et qui devrait nous faire réfléchir – qu’à l’époque de saint Ambroise [340-397] et selon la recommandation même du saint évêque de Milan, il était interdit de mettre par écrit le Symbole des Apôtres, qui donc ne se transmettait qu’oralement, et qu’il ne pouvait être récité devant des profanes ? ( Explanatio Symboli, n° 9 ; Sources chrétiennes n° 25 bis, pp. 57-59). Mais nous n’avons plus guère conscience, aujourd’hui, du caractère vraiment prodigieux des enseignements qu’il révèle », note Jean Borella en son dernier livre intitulé Problèmes de gnose, Paris, l’Harmattan, 2007, p. 22.
[13] Repris en Ap 7, 3-4 et 9, 4 : « "Ne faites pas de mal…jusqu’à ce que nous ayons marqué d’un sceau le front des serviteurs de notre Dieu." On m’indiqua alors le nombre de ceux qui furent marqués au front du sceau de Dieu. » Le Zohar - l’un des ouvrages majeurs de la Kabbale juive - croit que ce signe taw d’Ez 9, 4 équivaut à un arrêt de mort pour tous ceux qui le portent…

